Agnès Jaoui préside le festival IA à Cannes : « Je suis inquiète, autant aller voir »
Agnès Jaoui préside le festival IA à Cannes

Agnès Jaoui face à l'intelligence artificielle : une présidente de jury inquiète mais curieuse

« Je suis tellement inquiète et ignorante de l'IA, autant aller voir directement de quoi il s'agit ! » C'est avec ces mots qu'Agnès Jaoui explique sa présence au 2e World AI Film Festival de Cannes, où elle présidera le jury les mardi 21 et mercredi 22 avril 2026. La réalisatrice et comédienne française se confie sur les bouleversements que provoque l'intelligence artificielle dans le secteur audiovisuel.

Un festival pour décrypter les enjeux de l'IA dans la création

Après une première édition à Nice l'an dernier, le World AI Film Festival s'installe à Cannes pour deux jours intenses. Organisé par le Département des Alpes-Maritimes, la Maison de l'IA et l'Institut EuropIA, en partenariat avec la ville de Cannes, l'événement propose un programme riche :

  • Une compétition internationale d'œuvres intégrant l'IA
  • Des conférences et rencontres professionnelles
  • Des projections et ateliers ouverts au grand public
  • Des cérémonies d'ouverture et de clôture au Palais des festivals

Agnès Jaoui, sollicitée par l'intermédiaire de son frère qui travaille avec certains organisateurs, a accepté sans hésiter ce rôle de présidente du jury. « Je suis, comme beaucoup, tellement inquiète et ignorante de l'IA que je me suis dit : autant aller voir directement de quoi il s'agit », explique-t-elle.

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Les défis de l'IA pour les créateurs

La réalisatrice pointe les questions cruciales qui se posent aujourd'hui : « Comment faire pour encadrer les choses ? Comment faire que les créateurs continuent à vivre de leur métier ? » Elle rappelle que l'IA est déjà présente dans l'industrie cinématographique, citant l'exemple de scénarios hollywoodiens partiellement ou totalement écrits par l'intelligence artificielle, ou encore le cas de Val Kilmer, décédé, qui apparaîtra dans un nouveau film grâce à cette technologie.

« On l'utilise sans le savoir », constate-t-elle, avant d'ajouter : « Comme toute technologie nouvelle, il y a ses avantages incroyables, ses performances, et puis, comme certains disent... il y a le prix à payer. »

Le risque d'une uniformisation des contenus

Face à la montée en puissance des algorithmes, Agnès Jaoui craint une certaine uniformisation : « Les films finiraient par se ressembler tous en appliquant les mêmes recettes algorithmiques ? Tout à fait. » Mais elle nuance immédiatement : « En même temps, il y a des plateformes où les films sont déjà interchangeables. Finalement, ça a toujours existé. »

Pour elle, la solution passe par l'éducation du public et le rôle des prescripteurs. « Je suis présidente de la Cinémathèque à Toulouse et j'y ai constaté qu'il y a de plus en plus de jeunes qui viennent voir des 'vraies' œuvres », témoigne-t-elle. « Les prescripteurs vont être d'autant plus importants. On a besoin de gens qui nous disent 'ce film-là', ou qui nous aident à connaître l'histoire des images. »

Une génération plus critique qu'on ne le pense

Contre toute attente, Agnès Jaoui a découvert lors d'une rencontre dans une école de cinéma que les jeunes se montraient plus critiques face à l'IA que leurs aînés. « Je me suis annoncée comme la ringarde qui ne connaissait rien à la technologie, et qu'elle ne fut pas ma surprise de voir qu'en fait, dans la salle, c'étaient les jeunes qui étaient plutôt contre l'IA, en parlant notamment de l'impact écologique. »

Cette expérience renforce sa conviction quant à l'importance de l'éducation à l'image. « On a un devoir de s'occuper de notre jeunesse, et pas seulement de la jeunesse, de tous les gens qui vont au cinéma, qui sont amenés à voir des images. »

Son rapport personnel à la technologie

Interrogée sur l'utilisation potentielle de l'IA dans ses propres films, Agnès Jaoui reste mesurée. « Pour l'instant, comme des effets spéciaux, ça peut avoir la même fonction que des choses qui existent déjà mais en plus performant et moins cher. Pour l'écriture, je n'ai aucune envie de m'en servir. »

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Elle avoue même une certaine réticence : « J'avoue aussi n'avoir aucune envie de livrer mes données à personne... Mais c'est aussi parce que je suis nulle ! Non mais c'est vrai, je ne sais pas m'en servir et j'en ai peur, d'où l'intérêt d'événements dans ce genre-là. »

Un programme chargé à Cannes

Pendant le festival, la réalisatrice compte bien profiter de l'occasion pour s'instruire. « Je veux assister à des conférences, j'en donne une, je vais voir des films, j'ai commencé déjà à en voir et c'est très instructif. Je vais en profiter pour apprendre le maximum de choses. »

Elle sera de retour sur la Croisette en mai pour présenter son nouveau film, « L'objet du délit », qui aborde le thème de MeToo. « J'espère que ça fera débat mais pas dans le sens polémique, dans le sens de pouvoir discuter », confie-t-elle, rappelant son engagement féministe de longue date.

Le World AI Film Festival se tiendra donc à Cannes les 21 et 22 avril 2026, avec des activités professionnelles à l'Espace Miramar et des événements publics au cinéma Les Arcades. Un rendez-vous incontournable pour comprendre comment l'intelligence artificielle redéfinit les frontières de la création audiovisuelle.