Stephan Eicher monte sur la scène du Printemps des Comédiens les 2 et 3 juin. Il lève le voile sur ce spectacle d'où est né son album "Poussière d'Or", encensé par le public et la critique.
Un mélange entre concert et théâtre
Interrogé sur son rapport au théâtre, Eicher confie : "Je connais le festival et son responsable, Éric Bart, qui est un très vieil ami. Je lui faisais un peu la gueule : pourquoi a-t-il mis si longtemps à m'inviter avec ce seul en scène ?" Il ajoute que Bart est l'une des personnes qui l'ont rapproché du théâtre. "J'essaie de raconter mon histoire le plus clairement et le plus brièvement possible. Je viens du rock, où les rituels se répètent un peu toujours. Le spectacle musical a des limites que je respecte et que j'apprécie, mais il me manque une fantaisie qui est vraiment possible au théâtre. C'est une machine à raconter des histoires extraordinaires."
Dans ce spectacle, Eicher se sent "d'abord très seul, et c'était ma volonté. Je savais que cela n'allait pas me plaire, parce que j'ai commencé comme ça. Mes premiers disques et concerts, c'était avec des boîtes à rythme, de vieux synthés, une guitare." Il explique que la solitude lui est imposée car il n'est "pas bon quand je suis trop à l'aise". Il précise : "Ce n'est ni un concert solo acoustique ni vraiment une pièce de théâtre. C'est un monstre mélangé."
La collaboration avec François Grémaud
Le chanteur a travaillé avec le metteur en scène François Grémaud, connu pour réinventer des classiques. "Il a pris ce Stéphane Eicher et l'a réduit à quelque chose de très dépouillé. J'adore qu'il utilise toujours des scènes blanches. Le blanc n'est normalement pas vraiment une couleur de théâtre ; c'est plutôt la couleur de l'art contemporain ou d'une feuille blanche." Grémaud utilise l'imaginaire et minimalise tout, ce qui permet à Eicher de raconter des histoires vraies et intimes.
L'album "Poussière d'Or" intégré au spectacle
Le dernier album d'Eicher, "Poussière d'Or", est né en partie de ce spectacle. "Pour qu'il fonctionne, je joue 'Pas d'ami comme toi', 'Tu ne me dois rien' ou 'Déjeuner en paix'. Mais il manquait vraiment des chansons, alors je les ai écrites." Il interprète trois chansons de l'album de manière brute, derrière un piano. "Je crois qu'elles sont déjà dans la tête des gens. Quand on les entend en spectacle, tout est permis, parce que l'image est immédiatement là. C'est la magie du théâtre."
La peur de la répétition et la gratitude envers le public
Eicher n'a pas peur de lasser le public, mais plutôt de se répéter. "Je n'ai pas envie de me répéter. Je crois que la vie est longue et courte à la fois. Si vous êtes dans la création, c'est toujours trop court ; si vous êtes triste, c'est toujours trop long. La créativité raccourcit le temps." Il a déjà perdu un peu de public en se réinventant, mais il préfère cela. "J'adore les artistes qui font toujours le même dessin, mais moi, je porte seulement une pensée." Il improvise pendant le spectacle et y met ce qu'il a vécu le matin même. "Ce qui me touche vraiment, c'est que notre histoire dure si longtemps. J'ai une énorme gratitude envers le public français, notre relation est merveilleuse."
Son départ de la Camargue et son retour prévu
Eicher a vécu à Aigues-Mortes et a payé ses impôts en Camargue pendant 12 ans. Il a quitté la région pour plusieurs raisons : la maison était trop grande après le départ de son enfant, ses parents avaient besoin de lui en Suisse, et le Covid l'a marqué. "En Suisse, on a traité le peuple comme des ados. En France, c'était vraiment comme des enfants de 4 ans qu'on gronde au lit. J'ai trouvé ça très choquant." Malgré cela, la lumière de la région lui manque et il prévoit de revenir y vivre.
L'amour et la spiritualité à travers la musique
Interrogé sur sa vie amoureuse, Eicher répond : "C'est compliqué. Je ne peux pas exprimer ça avec des mots, c'est pour cela que je les chante." Il compare l'amour à un plat cuisiné : "C'est l'ensemble qui compte." Pour lui, les muses sont un chemin vers la spiritualité. "Je pense que les humains sont trop bêtes pour comprendre s'il y a quelque chose au-dessus. Une chanson comme 'Fontaine', c'est de la musique gospel, une forme où l'on loue quelque chose." Il se considère comme une fourmi dans l'univers et trouve arrogant d'essayer de comprendre la grandeur de tout cela. "Je reste assez humble, mais j'aime essayer de louer quelque chose quand je chante. C'est peut-être la réunification avec un public qui montre qu'il existe une autre émotionnalité que la solitude."
"Seul en scène", mardi 2 et mercredi 3 juin, à 22 h, Amphithéâtre d'O, au Domaine d'O. Durée 1 h 30. De 22 € à 50 €. Réservations en ligne ou au 04 67 63 66 67.



