« Souki » : un conte dansé où le silence devient éloquent avec Chéryne Laas
« Souki » : quand le silence s'exprime par la danse avec Chéryne Laas

« Souki » : un conte dansé qui donne voix aux silences

Ce mercredi 1er avril, la salle municipale de Villeneuvette dans l'Hérault a vibré au rythme d'une sortie de résidence aussi intimiste qu'engagée. Devant une trentaine de spectateurs, dont plusieurs collégiens venus découvrir cette proposition artistique, la comédienne Chéryne Laas a magistralement donné vie à Souki, un spectacle hybride entre théâtre et danse, mis en scène par Abdelkarim Douima.

Une performance scénique remarquable

À seulement 23 ans, cette Franco-marocaine originaire de Miramas surprend par sa présence scénique et son engagement physique. Formée aux prestigieux Cours Florent, elle se destinait avant tout au jeu dramatique. « Je ne suis pas danseuse », confie-t-elle volontiers. Et pourtant, sur scène, son corps se transforme en véritable langage, épousant chaque émotion avec une grâce naturelle.

Dans Souki, elle incarne une jeune femme muette, contrainte de s'exprimer par d'autres moyens que la parole. Quelques gestes sont empruntés à la langue des signes, qu'elle a appris spécialement pour le spectacle. Mais l'essentiel de son vocabulaire corporel est né d'un travail d'invention patient, construit au fil des répétitions avec son metteur en scène.

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Un dispositif scénique innovant

Particularité remarquable de ce spectacle : le récit est porté en direct par Abdelkarim Douima. Équipés de casques individuels, les spectateurs plongent dans l'univers sonore du spectacle, écoutant sa voix qui raconte l'histoire pendant que Chéryne la fait exister par le mouvement. Un dialogue singulier entre parole et silence se crée ainsi, donnant toute sa puissance à ce conte dansé contemporain.

L'histoire, bien que fictive, s'inspire de multiples parcours réels. « Ce n'est pas un théâtre politique », précise le metteur en scène, « mais un témoignage, une mosaïque d'histoires qui interrogent notre société contemporaine ». En filigrane, la question subtile de l'égalité entre les femmes et les hommes traverse la pièce, sans jamais s'imposer de manière frontale ou didactique.

Une rencontre artistique fructueuse

La rencontre entre la comédienne et le metteur en scène tient presque du hasard heureux : c'est un professeur de Chéryne qui les a mis en relation, alors qu'Abdelkarim cherchait une interprète capable d'allier avec finesse jeu théâtral et expression corporelle. Un pari artistique qui s'est révélé pleinement réussi.

Face au public, particulièrement attentif et réactif lors de cette représentation, la jeune artiste a su capter toutes les attentions, notamment celle des collégiens présents. Car Souki se veut aussi un outil de dialogue social. « L'idée, c'est de pousser la parole, notamment chez les jeunes générations », explique Abdelkarim Douima. Une ambition pédagogique qui se poursuivra dès la semaine prochaine, avec une représentation spécialement prévue dans un collège marseillais.

Un spectacle qui ouvre le dialogue

Un défi que Chéryne Laas aborde sans la moindre appréhension. « Je n'ai pas peur du face-à-face avec les élèves », assure-t-elle avec conviction, prête à défendre un spectacle qui ouvre naturellement de nombreuses discussions sur la communication, l'expression et les relations humaines.

Cette sortie de résidence à Villeneuvette marque ainsi une étape importante dans le développement de ce spectacle prometteur, qui réussit le pari audacieux de faire parler les silences et de donner corps aux mots par la danse. Un équilibre délicat entre tradition du conte et innovation scénique qui séduit déjà son public.

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