Les pièces de théâtre à ne pas manquer ce printemps
Pièces de théâtre : notre sélection printemps

Les pièces que vous recommande Le Point en cette fin de printemps sont, pour le moins, éclectiques. Tragédie amoureuse, comédie musicale, drame historique ou conférence théâtrale, il y en a pour tous les goûts.

« Clôture de l’amour » ✭✭✭✭✭

C’est probablement la plus grande pièce de Pascal Rambert à ce jour. Créée au Festival d’Avignon en 2011, Clôture de l’amour a connu un rayonnement international exceptionnel. Traduite dans une trentaine de langues, elle est actuellement jouée sur les quatre continents. Elle parle d’un sujet universel : le délitement d’un couple. Si le sujet n’a rien d’original, l’écriture de ce texte est d’une radicalité folle. La pièce prend la forme de deux longs monologues qui se succèdent, offrant deux versions antinomiques de l’histoire que viennent de vivre un homme et une femme. C’est rien moins qu’à la mise à mort de leur amour que nous assistons. La force de ce spectacle tient à l’expression brute de violence qui va déferler entre les deux personnages. Deux heures durant, le langage devient une arme tranchante. Les mots ne servent plus à exprimer tendresse ou affection mais à blesser et à rompre les liens qui s’effilochent. De rage, chacun semble vouloir saccager le territoire de l’autre. Les interprètes, Audrey Bonnet et Stanislas Nordey, livrent ici une impressionnante performance, habitant leurs personnages jusque dans les silences les plus glaçants.

Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin (Paris 18e), du 16 mai au 14 juin.

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« Nage libre » ✭✭✭✭

Dans Nage libre, Lisa Wurmser raconte les hauts-faits de trois anciennes nageuses autrichiennes entrées en résistance contre le nazisme. Rachel, Hannah et Esther sont d’anciennes championnes de natation autrichiennes. En 1936, elles ont refusé de participer aux Jeux olympiques de Berlin, ce qui leur a valu d’être déchues de leurs titres sportifs et condamnées à l’exil. Six décennies plus tard, elles se retrouvent à l’occasion d’une cérémonie officielle organisée à Vienne. Rachel vit désormais à New York, Hannah à Buenos Aires et Esther à Tel-Aviv. Leurs retrouvailles vont être explosives. Inspirée par l’histoire vraie de Ruth Langer, Judith Deutsch et Lucie Goldner, la pièce rend un vibrant hommage à ces trois femmes, magistralement incarnées par Francine Bergé, Flore Lefebvre des Noëttes et Bernadette Le Saché face à un Nicolas Struve impeccable dans son rôle de vieux serveur de café puis d’officiel viennois. Le spectacle, ponctué par des intermèdes musicaux composés par Éric Slabiak, réserve de beaux moments d’émotion. Malgré un décor minimaliste – une table, un grand voilage en fond de scène qui sert d’écran de projection à des images d’archives et trois podiums carrelés évoquant les murs blancs d’une piscine – c’est une grande pièce.

Au Studio Hébertot, 78 bis, boulevard des Batignolles (Paris 17e), jusqu’au 31 mai.

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« Lumières, lumières, lumières » ✭✭✭✭

Librement inspiré du roman de Virginia Woolf, Vers le phare (1927), ce texte signé de la dramaturge Évelyne de la Chenelière n’en explore que deux personnages. Deux femmes de l’Angleterre victorienne, séjournant dans une vaste demeure de bord de mer où il est question, chaque jour, d’une promenade au phare. Deux femmes qui s’estiment, dialoguent en permanence, mais que tout sépare. L’une, Lily Briscoe, est une peintre rebelle, indépendante et homosexuelle. L’autre, Madame Ramsay, est une épouse docile, une maîtresse de maison hors pair et la mère, comblée, de huit enfants. La cérébrale Lily, en mal d’inspiration, se torture. Tandis que Madame Ramsay rayonne d’un bonheur que ne menace que le temps qui passe : les enfants grandiront, la quitteront, ils iront, aussi, faire la guerre. Fable féministe, texte labyrinthique tournant autour de la Grande guerre et opérant de constants allers-retours entre le présent, le futur, le passé, Lumières, lumières, lumières est magistralement mis en scène et porté par deux comédiennes formidables, Florence Viala et Aymeline Alix. On n’est pas près d’oublier le petit visage buté de Lily et le sourire irradiant de Madame Ramsay. Ni ce phare invisible dont la visite, sans cesse repoussée, évoque peut-être leur accomplissement impossible.

Au Studio Théâtre, jusqu’au 28 juin.

« L’art d’avoir toujours raison » ✭✭✭✭

Deux universitaires issus du Groupe Interdisciplinaire de Recherche pour l’Accession aux Fonctions Électorales (la GIRAFE) prétendent avoir trouvé un moyen infaillible pour permettre aux politiques de gagner les suffrages de leurs concitoyens. Ils exposent cette recette dans le cadre d’une fausse conférence, en forme de clin d’œil au livre de Schopenhauer, paru en 1864, qui offre son titre à cette pièce. Le texte de Sébastien Valignat et Logan de Carvalho décortique de manière maligne les concepts sociologiques auxquels recourent les communicants pour imposer le discours de leurs poulains (fenêtre d’Overton, biais du faux consensus, technique de la triangulation). Les comédiens Maïa Le Fourn et David Guez le disent avec ce qu’il faut d’ironie cinglante pour que les stratégies marketing de nos gouvernants nous fassent rire (là où elles pourraient nous faire pleurer). Une expérience théâtrale aussi intelligente que divertissante.

Au théâtre Tristan Bernard, 64 rue du Rocher (Paris 8e), jusqu’au 30 mai.

« Musiques en héritage » ✭✭✭

Comme dans la bande originale de nos vies d’Eugénie Ravon et Kevin Keiss où cinq femmes de générations différentes nous faisaient écouter les chansons qui ont ponctué les grands moments de leur existence, la nouvelle création de Ludmilla Dabo mêle subtilement musique et théâtre. Sur scène, l’actrice-chanteuse, également metteuse en scène, convie cinq comédiens et musiciens qui nous font découvrir leur histoire en alternant monologues parlés et fredonnés. Dans une ambiance de veillée à la bougie, Ludmilla Dabo nous livre de touchantes confidences sur sa mère et sa grand-mère, venues du Cameroun. Et fait découvrir au public un pan entier de la musique bassa. La chanteuse Kaloune nous raconte son enfance bercée par le servis kabaré, une pratique magico-religieuse à laquelle recourent les familles réunionnaises pour rendre hommage à leurs disparus. Anthony Capelli, compère de David Lescot, évoque les repas familiaux de sa jeunesse, au cours desquels sa famille d’origine italienne explorait un répertoire évoquant, en creux, la trajectoire de paysans du sud de la Péninsule, venus tenter leur chance dans l’Hexagone. Le jazzman Louis Jeffroy, alias Lou Sakay, convoque des souvenirs émouvants de ses grands-parents bretons qui l’endormaient en lui susurrant des berceuses parfois inquiétantes. Gilles Normand nous explique comment, élevé par des amateurs de Wagner (écoutant en boucle des Nibelungen et Tristan et Yseut), il en est venu à intégrer le groupe d’enfants-star des années 70 : les Poppies. Enfin, Élise Vigier nous dévoile l’histoire de sa mère, fondatrice du Café de la danse. Chaque intermède chanté fait la démonstration de l’extraordinaire pouvoir d’évocation de la musique.

Au théâtre de la Tempête, Cartoucherie du bois de Vincennes – Route du Champ-de-Manœuvre (Paris 12e), jusqu’au 24 mai.

« Bollywood Boulevard » ✭✭✭✭✭

Bollywood Boulevard s’impose comme l’une des belles surprises de la saison. À 20 ans, Pauline Caupenne décide de partir seule en Inde avec, dans ses bagages, plus de questions que de certitudes. C’est cette quête intime, aussi cocasse que mélancolique, qui prend vie sur scène sous nos yeux amusés. Si le dispositif est minimal, l’imaginaire foisonne. Quelques étoffes, des images d’archives, des chansons, des pas de danse indienne : il n’en faut pas davantage pour faire surgir Chennai, les plateaux du cinéma télougou, les figures hautes en couleur croisées au détour des tournages, et surtout le trouble d’une jeune femme confrontée à ses propres projections. Car c’est l’une des grandes réussites du spectacle : ne jamais céder à l’exotisme facile. Pauline Caupenne raconte l’Inde sans la réduire à un décor, et interroge avec une lucidité salutaire son propre regard d’Occidentale. Sous une mise en scène précise et sensible, la comédienne déploie une palette de jeu impressionnante. En un geste, une inflexion, un rythme, elle fait naître une multitude de personnages, passant de l’humour à l’émotion. Derrière l’éclat du titre affleurent alors des sujets universels — la condition des femmes, le deuil, la quête d’identité, la désillusion aussi. Avec ce premier seule en scène, Pauline Caupenne signe un spectacle d’une rare délicatesse, à la croisée du récit intime et du poème visuel.

Au théâtre Lepic, 1 avenue Junot (Paris 18e), les dimanches 17 et 24 mai à 17h. Puis au théâtre des Gémeaux parisiens, 15 rue du Retrait (Paris 20e) : les 27 et 29 mai, à 19h et les 1er et 3 juin à 21h.

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