Pierre Soulages et l'Allemagne : une histoire artistique et humaine profonde
Plus de trois ans après son décès, Pierre Soulages incarne toujours le lien artistique puissant qui unit la France et l'Allemagne. Une conférence organisée mercredi à Sète, dans le cadre de la huitième édition de la Quinzaine franco-allemande en Occitanie, a brillamment développé ces relations artistiques et humaines.
Une conférence animée par des experts du Musée Soulages
Animée par Benoît Decron, ancien directeur et conservateur du Musée Soulages de 2009 à 2025, et Aurélia Vayssade, doctorante en histoire de l'art à l'université de Toulouse et chargée de recherches au musée Soulages, cette rencontre s'est appuyée sur leur ouvrage commun Pierre Soulages et l'Allemagne. Ce livre, conçu comme un catalogue exhaustif, reproduit toutes les œuvres de l'artiste exposées dans les musées ou collections allemandes.
Sète, où Pierre Soulages a vécu et travaillé de longues années jusqu'à sa disparition, constituait le lieu idéal pour accueillir cette conférence. L'événement était organisé par la Fondation Groupe Dépêche, présidée par Marie-France Marchand-Baylet, soulignant l'importance culturelle de cette démarche.
Des débuts précoces en Allemagne dès 1948
Dès 1948, le travail de Pierre Soulages traverse la frontière. Ottomar Domnick, un médecin collectionneur allemand, découvre son œuvre au troisième Salon des Réalités Nouvelles à Paris durant l'été 1948. La même année, l'artiste est exposé en Allemagne lors d'une exposition d'art abstrait, marquant sa première présentation à l'étranger.
"Pierre Soulages aura des liens incessants avec l'Allemagne. Aujourd'hui, l'Outrenoir est présenté dans quasiment tous les musées allemands", souligne Benoît Decron. "Pour les Allemands, l'art abstrait c'est Soulages." Cette affirmation résume l'admiration précoce et durable des critiques allemands pour son travail.
Des exemples marquants de cette relation privilégiée
Plusieurs événements illustrent la cote d'affection dont a bénéficié Pierre Soulages outre-Rhin :
- L'exposition "Pierre Soulages" à Munich en 1952.
- Son travail remarquable pour l'exposition internationale de Kassel en 1955.
- Sa signature d'une affiche pour un festival de musique en 1964.
- Sa création d'une affiche artistique pour les Jeux Olympiques de Munich en 1972.
Ces réalisations témoignent de l'influence et de la reconnaissance dont jouissait l'artiste en Allemagne. De plus, sa visite d'une fabrique de verre allemande au début des années 1990 a directement inspiré la réalisation des vitraux de l'Abbatiale Sainte-Foy de Conques, achevés en 1994.
Un héritage culturel franco-allemand vivant
Cette conférence a non seulement rappelé les accomplissements artistiques de Pierre Soulages, mais a aussi mis en lumière comment son œuvre continue de servir de pont culturel entre la France et l'Allemagne. L'organisation de tels événements dans le cadre de la Quinzaine franco-allemande en Occitanie renforce les échanges culturels et perpétue la mémoire d'un artiste dont l'impact transcende les frontières.
Les travaux de Benoît Decron et Aurélia Vayssade, ainsi que leur ouvrage, offrent une documentation précieuse pour comprendre cette relation unique. Ils rappellent que l'art de Soulages reste une référence incontournable dans le paysage artistique allemand, symbolisant l'abstraction dans toute sa puissance et son élégance.



