Le vol rocambolesque du "Rabbin" de Rembrandt à Bayonne : une aventure de roman noir
Le "Rabbin" de Rembrandt : vol à Bayonne, tribulations mondiales

Le vol audacieux de trois Rembrandt à Bayonne

Le 3 mars 1971, un homme s'introduit dans le musée Bonnat-Helleu de Bayonne, dédié aux Beaux-Arts, et dérobe trois tableaux attribués au maître néerlandais Rembrandt. Parmi eux, "Le Rabbin", "La Descente de la croix" et le "Portrait de Jean Six", tous acquis par le peintre et collectionneur Léon Bonnat. Les archives de l'époque révèlent des détails saisissants : ce matin-là, le gardien est absent, et le voleur entre avec un billet payé de 2 francs, vêtu d'un manteau ample, lunettes fumées et gants. Il ressort en marchant, après avoir séparé les toiles de leurs châssis pour les rouler sous sa gabardine.

L'enquête et les suspects

L'enquête identifie rapidement Jacques Périer, un artiste peintre de Biarritz, interpellé le 12 juillet. Selon le journal Sud Ouest, il avait avalé trois calvas dans un bistrot avant le vol. Périer nie les faits, mais son complice, Michael Jurgen Kloetzke, dit "Mike", un ressortissant allemand, l'accuse. Kloetzke récupère les tableaux et tente en vain de monnayer leur restitution auprès des Musées de France. Il entre en contact avec le journal allemand Bild Zeitung sous le pseudonyme James Edward Paulsen, exhibant même un revolver lors d'une rencontre avec des journalistes sur un parking.

La récupération partielle et la disparition du "Rabbin"

Grâce à une opération de la police allemande, deux tableaux sont récupérés et rapidement réaccrochés au musée Bonnat. Cependant, "Le Rabbin" ne refait pas surface. Kloetzke l'aurait planqué dans un jardin à Amsterdam avant qu'il ne voyage via des réseaux criminels internationaux jusqu'aux États-Unis. Les récits divergent sur le sort de Kloetzke : certains évoquent une évasion à Orly, tandis que le musée Bonnat-Helleu le décrit en fuite à Vancouver, où des confrères lui auraient volé le tableau.

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L'implication de la mafia et la découverte par le FBI

En juin 1977, le FBI annonce un coup de filet dans la mafia sicilienne de Buffalo, révélant un réseau de corruption impliquant des policiers et des politiciens locaux. Parmi les biens saisis, "Le Rabbin" est retrouvé chez un antiquaire de Buffalo, évalué à 200 000 dollars sur un butin total de 500 000 dollars. Paul Bazé, conservateur du musée, est appelé à Buffalo pour authentifier l'œuvre. Lors du procès, il répond avec humour à un juge : "C'est comme votre femme...", affirmant reconnaître immédiatement le tableau.

Le retour et l'attribution du tableau

"Le Rabbin" est désormais exposé en permanence au musée Bonnat-Helleu, rénové et rouvert après 15 ans de travaux. Barthélémy Etchegoyen-Glama, directeur de l'institution, souligne la patte de Rembrandt, notamment la lumière sur le front du sujet. Le tableau est attribué à Rembrandt par le "Rembrandt comity", une autorité néerlandaise, bien que des débats persistent sur la contribution exacte du maître. Ironiquement, comme le note Etchegoyen-Glama, "Le Comité s'est intéressé à ce tableau parce qu'il a été volé. Et il a été volé pour sa valeur en tant que Rembrandt." Cette histoire met en lumière la construction de l'économie autour de la marque Rembrandt.

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