Le « coming in » : le chemin intérieur vers l'acceptation de soi selon Élodie Font
Le « coming in » : le chemin vers l'acceptation de soi

Le mois de juin est consacré à la lutte pour les droits des personnes LGBTQIA+. L'occasion de revenir sur une notion développée par l'autrice Élodie Font dans un podcast et dans un roman graphique, où elle raconte le long chemin vers son « coming in », ce moment où, après des années de déni, elle prend conscience de son homosexualité et l'accepte.

Un podcast puis une BD autobiographique

Après le succès de son podcast « Coming in », sorti sur Arte Radio en 2017 et cumulant 250 000 écoutes, Élodie Font a voulu mettre en images son histoire. Le résultat est un roman graphique éponyme passionnant, drôle et très émouvant, publié en 2021 et illustré par la talentueuse Carol Maurel (Payot et Arte Éditions, 2021). Cet ouvrage autobiographique retrace les huit années de son cheminement intérieur vers l'acceptation de soi.

Le coming in avant le coming out

Dans votre BD, vous racontez que votre homosexualité n'était pas un secret pour les autres, mais qu'elle l'était pour vous. Comme si le coming out avait eu lieu avant le coming in. Est-ce que les étapes ont été inversées ? Non. Même si, effectivement, d'autres personnes ont compris avant moi que j'étais homosexuelle, il a fallu que je me le formule d'abord à moi-même. Le coming in, c'est se le dire en premier à soi. C'est vraiment cette phase avant le coming out, où l'on se dit que l'on a une différence.

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« C'est le moment où l'on prend conscience que l'on n'est pas exactement à l'endroit où l'on est supposé être », explique Élodie Font, autrice et journaliste française.

Un cheminement douloureux et vertigineux

Vous passez par des périodes de détresse, allant même jusqu'à vous sentir cernée par le suicide, un mot qui envahit votre esprit et votre quotidien. Pourquoi était-ce si difficile ? Le coming in est douloureux pour beaucoup de personnes LGBT, parce que c'est le moment où l'on prend conscience que l'on n'est pas exactement à l'endroit où l'on est supposé être. Et donc c'est un moment forcément assez vertigineux. En fait, le mot « vertigineux » est plus adéquat que celui de « douloureux ».

Un message universel d'acceptation de soi

Le message d'acceptation de soi qu'il y a dans votre BD est universel et peut vraiment parler à tout le monde. En avez-vous conscience ? Oui, on me l'a beaucoup dit quand mon histoire est sortie en podcast, puis en BD. Des gens me disaient qu'ils avaient remplacé le mot « homosexuelle » par une autre différence liée au corps, à une histoire de vie ou de famille, ou à tout un tas d'événements. On peut tous, chacun, chacune, se sentir différent à un endroit. L'idée de l'acceptation de soi va bien au-delà de l'orientation sexuelle.

Les étapes du chemin vers soi

Dans votre cas, le coming in est arrivé au bout de huit années de questionnements. Quelles ont été les étapes de ce chemin vers soi ? Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que personne ne se réveille un matin en se regardant dans la glace en se disant : « Tiens, qu'est-ce que je vais faire aujourd'hui ? Je vais devenir homosexuel(le). » C'est vraiment un cheminement. Le point de départ peut être la première fois qu'on ressent du désir pour quelqu'un du même sexe et qu'on se dit : « Ah, qu'est-ce qui se passe ? », sans forcément mettre les mots dessus tout de suite.

La plupart des gens passent par une phase de déni plus ou moins longue. Moi, j'avais très très peur. Peur et honte. Je ne comprenais pas, je me disais « mais pourquoi cela m'arrive à moi ? » Je n'en avais pas envie. J'étais très très gênée de ce que je ressentais. J'avais espoir que cela passe. J'avais espoir d'être normale, c'est-à-dire dans la norme.

Il y a vraiment tout un tas d'étapes pour réussir à se dire : « En fait, je suis comme ça. Et ce n'est pas grave. La vie va être douce et, de toute façon, elle sera forcément plus douce que si je m'étais forcée à passer ma vie avec des compagnons masculins alors même que je ne ressentais pas de désir physique pour eux. »

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Le manque de représentations

Votre entourage n'était pas hostile au fait que vous soyez homosexuelle. Qu'est-ce qui vous empêchait de vous le dire à vous-même ? C'est moins le cas pour les jeunes femmes de 15 ans d'aujourd'hui, mais, moi, j'en ai 40, et, à l'époque, je manquais énormément de représentations. Parce que quand vous avez très peu de femmes lesbiennes autour de vous, y compris dans les médias, vous avez beaucoup de mal à vous représenter que cela existe. Encore aujourd'hui, quand je demande aux gens de me citer dix lesbiennes connues, et que la quasi-totalité n'y parvient pas, cela montre bien que la question des représentations est encore massive.

Avant votre coming in, vous avez été sur plusieurs mauvaises pistes : « Je suis frigide » ou « je ne suis pas homosexuelle, je suis juste amoureuse de cette fille ». Est-ce que c'était un tabou d'être lesbienne ? Ce n'était même pas un tabou, c'est juste que l'homosexualité entre femmes n'existait pas, ou très peu. Il faut imaginer un monde où vous ne vous voyez nulle part. C'est quand même une sorte de violence et cela donne une sensation de grande solitude. Moi, j'étais seule quand j'avais 17 ans. Même si ma famille n'était pas particulièrement hostile à ce que je sois lesbienne – ni particulièrement au fait non plus –, cela n'existait pas. La solitude, c'est vraiment un poison.

La place des hommes dans son histoire

Vous avez été en couple avec des hommes très doux, très attentionnés. Quelle place ont-ils dans votre histoire ? C'était important pour moi de dire que ce n'est pas parce que les lesbiennes n'ont pas envie de coucher avec des hommes qu'elles sont pour autant misandres ou qu'elles ont de la haine pour eux. C'est juste qu'il n'y a pas de désir physique, ça s'arrête là. Les hommes en face de moi peuvent être les meilleurs de la Terre, j'aime discuter avec eux, mais je n'avais pas besoin de faire l'amour avec. Ce n'est pas de leur faute, ni de la mienne d'ailleurs.

« Il y a des gens qui ont une image extrêmement négative d'eux-mêmes quand ils se rendent compte de leur désir », ajoute-t-elle.

Les réactions et le choix de l'illustratrice

Quelles ont été les réactions des hommes au sujet du podcast et du roman graphique ? Les hommes qui m'ont écrit sont quasiment que des hommes homos. J'ai eu aussi beaucoup de mères, et assez peu de pères. Par ailleurs, beaucoup de jeunes m'ont dit qu'ils s'étaient servis de la BD pour faire comprendre ce qu'ils ressentaient.

Des parents m'ont dit : « On ne comprenait pas, nous l'avons très bien accepté, et pourtant notre enfant n'était pas bien. » Car au-delà de le dire à nos parents et que nos parents l'acceptent, c'est vraiment d'abord s'accepter soi, c'est d'abord comprendre qu'on n'est pas un monstre. Parce qu'il y a des gens qui ont une image extrêmement négative d'eux-mêmes quand ils se rendent compte de leur désir.

Comment avez-vous choisi Carol Maurel pour mettre en images votre vie ? J'adorais son travail. J'ai tenté ma chance en lui envoyant un e-mail. Pour moi, c'était évident que c'était elle. Elle connaissait mon podcast et avait des images qui lui venaient en l'écoutant. Et puis, je ne le savais pas, mais il se trouve qu'elle est concernée par ces questions, donc elle a mis aussi d'elle dans ses dessins.