À l'heure où certains regardent vers la Lune ou Mars, d'autres se demandent encore comment habiter cette terre. Jean Harambat est de ceux-là. L'amoureux de l'Antiquité, lauréat du prix Wolinski de la BD du Point en 2014 pour Ulysse. Les chants du retour, le fin lecteur de Shakespeare et Quentin Blake, auteur d'une brillante trilogie dessinée so british, revient à ses racines paysannes dans J'ai toujours rêvé d'être un fermier.
Un retour à Ithaque
« Les fermiers sont les derniers aventuriers », répétait à l'envi sa mère, disparue trop tôt. Harambat l'a prise au mot en adressant une émouvante élégie à leur chère patrie landaise, dont cet ex-globe-trotter, passé par l'Argentine ou le Liberia (où il attrapa un vilain virus qui faillit l'emporter), a fait son Ithaque.
Son trait d'une élégance folle, magnifié par des teintes chromatiques tout en sfumato d'ocre, de beige et d'émeraude, peut évoquer les bucoliques campagnes anglaises telles que les peint la grande Posy Simmonds – l'un des modèles avoués d'Harambat.
Les saisons et le labeur
Au fil de courts chapitres aux titres évocateurs (« Le plessage », « Xénophon au Péloponnèse », « La fauvette », « Les funérailles d'Achille »…), le dessinateur exprime les saisons qui passent et le dur labeur physique, que pointaient déjà en leurs temps Hésiode et Virgile. Il traduit surtout le rôle essentiel de la main de l'artiste-artisan pour entretenir aussi bien une ferme gasconne qu'un lien fragile avec la nature.
J'ai toujours rêvé d'être un fermier, de Jean Harambat (Dargaud, 112 p., 23,95 €)



