Un artiste ancré à Frontignan
Entre Frontignan et Jean-Louis Delorme, c'est une longue histoire d'amour. « Je suis presque né ici. Toute ma famille y vit depuis longtemps », revendique l'artiste. Aussi n'hésite-t-il pas une seconde en 1984 à rejoindre les siens, après une tentative infructueuse de s'imposer dans le milieu artistique allemand.
Une vocation tardive
Sa vocation est venue sur le tard. Dessinateur industriel à Martigues, cet homme qui, enfant, aimait travailler la terre et modeler la matière de ses mains, étouffe vite dans cet univers où l'art n'a pas sa place. À 26 ans, il quitte tout, intègre les Beaux-Arts d'Aix-en-Provence, puis tente sa chance en Allemagne. L'aventure tourne court. « Je suis parti une main devant, une main derrière, attiré par la vie de bohème. Mais le milieu de l'art peut être cruel. Et ne pas maîtriser la langue rendait tout encore plus difficile », se souvient-il. Épuisé, seul et démuni, il rentre en France, avec une conviction : devenir un artiste à Frontignan.
Frontignan, terre d'inspiration
Sudiste dans l'âme, il puise son inspiration dans chaque facette de la cité muscatière : la lumière, la vigne, la mer, les fêtes locales avec ses fanfares, ses joutes, la flore et la faune. « Si j'étais né à Briançon, j'aurais fait des scènes de neige et des marmottes. Mais mes racines sont ici, ce sont elles qui nourrissent mon art », explique Jean-Louis Delorme.
Ses années de dessin industriel lui ont forgé une maîtrise du trait et de la couleur. Mais Jean-Louis Delorme refuse les étiquettes. « Je ne suis ni peintre, ni sculpteur. Je suis plasticien. Mon souhait était de travailler la matière, quelle qu'elle soit, pour pousser le figuratif au-delà de lui-même. Je voulais également apporter quelque chose de nouveau pour l'art. Telle était ma prétention, mais il faut en avoir dans l'art. Avec l'âge, je me suis assagi », confie-t-il. Ses œuvres s'inscrivent dès lors dans l'extrême figuratif. Il travaille toutes les matières (bois, pierre, métal, plâtre, résine, ciment, lave, coquillages, ficelles, papier journal, caillou…) qu'il recycle, transforme et façonne pour capturer l'âme de ce territoire si cher à son cœur.
Des pavois aux monuments
Après quatre ans de galère, des premières portes s'ouvrent. « Dès que je suis arrivé à Frontignan, il était évident pour moi de travailler sur les joutes », dit-il. Là où les pavois n'affichaient qu'un écusson, une inscription et des dates, il introduit le portrait, la vie et l'émotion. « Je me suis donc mis à travailler sur ces pavois comme on le ferait sur toile. Sur l'un des premiers que j'ai réalisés, j'avais reproduit la tête de Brassens. Certains sont venus me voir en me demandant de peindre sur leur pavois la tête de l'un de leurs proches. C'est ainsi que tout a commencé », raconte l'artiste.
Dès lors, la Société des joutes de Frontignan, puis la municipalité, font appel à lui. De fil en aiguille, il devient le sculpteur officiel des sociétés de joutes de toute la région. Il signe notamment la statue du jouteur au bord du canal, de 8 mètres de haut, en pierre de garrigue récupérée à la carrière de la Madeleine. « Je voulais quelque chose de costaud pour représenter les joutes. Pour moi, cette œuvre est presque un menhir », commente-t-il. Une autre de ses œuvres monumentales à Frontignan est le pavois géant du rond-point du Barnier.
Sète, Balaruc, le Grau du Roi, Mireval, Cournonterral, Mèze, Palavas-les-Flots… les commandes s'enchaînent. Il restaure des Christs dans les églises de Mireval et de La Peyrade, réalise la fresque de la Maison des seigneurs de Cournonterral et celle de la Chapelle des pénitents à Sète… Autant d'œuvres qu'il considère comme ses enfants.
La crèche géante de Saint-Jacques
Professeur d'arts plastiques au lycée de la mer de Sète en parallèle de son activité d'artiste, il se lance dans un nouveau défi en 1999 : proposer à la Ville de Frontignan une crèche géante. Il crée des santons grandeur nature en plâtre, dont les visages sont moulés sur des habitants emblématiques de la commune. Les décors, eux, sont renouvelés tous les ans.
Retraité depuis un peu plus de trois ans désormais, Jean-Louis Delorme n'a nullement l'intention de poser les outils. Dans son atelier encombré de cartons, d'outils, de moules, de pots de peinture, de chutes de bois et de figurines, le plasticien continue à mûrir de nouveaux projets, dont une œuvre monumentale consacrée au muscat, pour continuer d'écrire à sa façon l'histoire et la vie de sa cité.



