Ce mardi 19 mai, le Glacier culturel a accueilli une conférence de Daniel Cros, venu livrer une traversée intime de son parcours artistique. Devant le public, le peintre grand-combien a déroulé plus de six décennies de création en reliant chaque période de son œuvre à une étape de vie, une recherche intérieure ainsi qu’une manière de regarder le monde.
Les débuts d’un artiste
Tout commence très tôt, à l’âge de 9 ans, avec la découverte des portraits des rois de France dans un livre d’histoire. L’enfant se met alors à dessiner, à illustrer ses cahiers de poésie, avant d’entrer, à 13 ans, à l’Essor cévenol, où René Roux et Jean Savajol font figure de maîtres. La page de l’aquarelle se tourne ensuite avec l’envie de maîtriser davantage la matière. Daniel Cros découvre le couteau, exécute des paysages, travaille cette lumière si particulière née d’un territoire marqué par la mine. Les gris de La Grand-Combe, ce plafond suspendu au-dessus de la ville, influencent alors profondément son regard.
Une quête intérieure
Au fil de la conférence, l’artiste a expliqué ses ruptures et tentatives. La période du cloisonnisme, avec ses couleurs séparées sans dysharmonie, marque un changement radical. Puis viennent des silhouettes plus énigmatiques, ces manteaux surplombés d’un chapeau, sans visage. “De 1985 à 2000, j’ai travaillé pour chercher à comprendre tout ce qui se passait dans ma tête.” Ces figures occupent une place centrale dans son cheminement. “Le chapeau et le manteau y représentent tout le conditionnement extérieur à l’homme : les doctrines, les dogmes, l’environnement familial et social, ce masque que l’on porte face au monde. Les boutons deviennent, eux, les nœuds intérieurs qu’il faut apprendre à défaire pour tomber l’habit et accéder à une forme de liberté. Il faut savoir regarder le vide en face”, a souligné Daniel Cros, en revenant notamment sur Déshumanisation, tableau clé de cette période.
Le retour au réel
Une fois ce long cheminement accompli, Daniel Cros dit avoir abordé le réalisme avec un esprit plus libre et plus perspicace. La Grand-Combe dans son écrin de verdure, Vallon-Pont-d’Arc, la rue du Gouffre et ses platanes, ou encore le Vaisseau des Cévennes apparaissent alors comme autant de retours au réel, nourris par les années de recherche intérieure. “On ne peut pas créer quelque chose sans y être dedans. On met dans sa peinture sa façon de penser”, a-t-il conclu, fidèle à une formule, titre de son livre de 2019, devenue presque une devise, Vivre, peindre et penser le monde.



