Dans un essai récent, l’archéologue Anne Augereau remet en cause l’idée que le patriarcat serait une constante de l’histoire humaine. Selon elle, les sociétés préhistoriques étaient bien plus égalitaires qu’on ne le croit, et c’est l’émergence de l’agriculture qui a progressivement imposé une domination masculine.
Une vision biaisée du passé
Anne Augereau dénonce la tendance à projeter nos schémas contemporains sur les sociétés anciennes. « On a longtemps interprété les vestiges archéologiques à travers un prisme patriarcal, ce qui a faussé notre compréhension », explique-t-elle. Par exemple, les sépultures dites « de guerriers » étaient systématiquement attribuées à des hommes, alors que des analyses récentes montrent que des femmes y étaient aussi inhumées.
Les femmes dans la préhistoire
Les recherches d’Augereau s’appuient sur l’étude de l’art pariétal, des outils et des pratiques funéraires. « Dans les représentations du Paléolithique, les figures féminines sont souvent associées à des symboles de pouvoir et de fertilité, ce qui suggère un statut élevé », note-t-elle. De plus, les squelettes de femmes présentent parfois des marques de chasse ou de combat, indiquant une participation active à ces activités.
L’impact de la sédentarisation
C’est avec la révolution néolithique, il y a environ 10 000 ans, que les rapports de genre se seraient rigidifiés. « L’agriculture a créé des surplus et une division du travail plus marquée, favorisant une hiérarchisation sociale dont les femmes ont été les premières victimes », analyse l’archéologue. Les premières cités-États ont ensuite institutionnalisé cette domination.
Un message d’espoir
Pour Anne Augereau, ces découvertes sont politiques : « Si le patriarcat n’a pas toujours existé, cela signifie qu’il n’est pas une fatalité. Nous pouvons construire d’autres modèles sociaux. » Son travail invite à repenser les fondements de nos sociétés et à envisager un avenir plus égalitaire.
Son livre, Femmes de la préhistoire, publié aux éditions La Découverte, a reçu un accueil favorable dans la communauté scientifique. Il offre une synthèse accessible des dernières recherches en archéologie du genre.



