Sylvana Lorenz évoque le génie de Pierre Cardin à Nice
Sylvana Lorenz et Pierre Cardin : une exposition hommage

Une exposition hommage à Pierre Cardin à Nice

À l'occasion du décès de Sylvana Lorenz, nous republions cet article qui retrace l'exposition de robes créées par Pierre Cardin pour ses deux égéries, Jeanne Moreau et Sylvana Lorenz, à la Galerie Depardieu à Nice. Une scénographie immersive rendait hommage au génie créatif du couturier.

Des robes comme des sentinelles

Disposées sur deux scènes de part et d'autre de la galerie, les robes se faisaient face, accueillant le visiteur telles de splendides sentinelles. D'un côté, une débauche de rouge, ce ton si éclatant qu'est le "rouge Cardin" ; de l'autre, un camaïeu de jais ou de noir scintillant, toujours d'un chic absolu. Ces robes avaient été créées par le grand couturier pour ses deux muses, avec lesquelles il entretint une tendre amitié : la blonde Jeanne Moreau, de 1962 à 1966, et la brune Sylvana Lorenz, de 1985 à 2015.

Une scénographie cinématographique

La scénographie, signée Bernard Barbero, chef de plateau à l'opéra de Nice, s'inspirait du 7e art. "J'ai voulu que ce soit une installation immersive, une ambiance cinématographique", soulignait Sylvana Lorenz, en total look Cardin. Jusqu'à la musique des films La Baie des anges (Jacques Demy, 1962) et Eva (Joseph Losey, 1962) qui achevait de transporter le visiteur dans une ambiance glamour.

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Des créations pour Jeanne Moreau

Jeanne Moreau étant sa muse et sa tendre amie, Pierre Cardin a créé pour elle les robes de ces deux films, ainsi que celles de Mata Hari, agent H21 (Jean-Louis Richard, 1964) et de La mariée était en noir (François Truffaut, 1968). Sylvana Lorenz avait acquis ces tenues lors d'une vente organisée par Artcurial en 2020. Pour renforcer l'effet, elle avait orné les murs de la galerie d'affiches de films dont Jeanne Moreau était la vedette.

L'audace de Pierre Cardin

On découvrait aussi un ciré en vinyle noir, rehaussé de velours milleraies, caractéristique de l'esprit original et précurseur de Pierre Cardin. "C'est lui, et non pas Saint-Laurent, qui a inventé le vinyle ! À l'époque, les gens trouvaient cela très vulgaire, parce que les concierges espagnoles mettaient cela sur leurs tables. Et lui a eu l'idée d'en faire un vêtement. Il a lancé aussi les chaussures à bouts carrés, les cravates à pointe de flèche, et utilisait beaucoup le néoprène..."

Chaque vêtement racontait une histoire, comme cette pelisse en lainage taupe, doublée de vison. "C'était un manteau unisexe, qu'il portait lui-même. Pierre Cardin n'utilisait jamais de fourrure, mais Jeanne Moreau étant frileuse, pour elle, il a fait exception à la règle."

La robe "Vestale"

Au centre de la pièce trônait le clou de l'exposition : la robe "Vestale", toute en drapés, créée par Pierre Cardin pour Sylvana Lorenz. Elle faisait référence au fait qu'elle était, selon lui, "la grande prêtresse de son culte". Façonnant sur elle des merveilles, le couturier lui avait créé un personnage, tout de rouge vêtu et aux cheveux de jais, à mi-chemin entre Barbarella et Emma Peel, l'héroïne de la série Chapeau melon et bottes de cuir, dont il a signé les costumes.

Un génie aux multiples facettes

On doit aussi à ce génial créateur, premier couturier à entrer à l'Académie des Beaux-Arts, le look unique des Beatles, le col Mao et des parfums, comme le rappelait le documentaire diffusé en boucle. Pierre Cardin avait également acquis le château de La Coste, connu pour avoir été celui du marquis de Sade, et où il aimait à produire des spectacles. Sur le plan architectural, il avait imaginé le célèbre Palais Bulles à Théoule-sur-Mer, une propriété dans laquelle Sylvana Lorenz a passé tant d'étés, comme l'évoquait la série d'aquarelles de Caroline Denis.

Les touchants portraits de l'artiste ukrainien Misha Sydorenko conféraient aussi une âme à l'ensemble. Sylvana Lorenz a tenu une conférence à Nice à propos de cette exposition et de la vie de Pierre Cardin, prolongeant l'immersion dans l'univers résolument pop, avant-gardiste, voire intergalactique, du créateur.

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