Donald Trump va accorder un nouveau sursis de 90 jours à ByteDance pour vendre TikTok, faute d'accord avec Pékin, alors que la date butoir fixée par le Congrès américain expirait jeudi. La vente de la filiale américaine du réseau social reste bloquée par les tensions sino-américaines, malgré un accord de principe trouvé en avril.
Un nouveau délai de 90 jours
Après avoir déjà reporté l'échéance à deux reprises de 75 jours, le président américain va prendre un nouveau décret pour surseoir de 90 jours, a annoncé mardi la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt. Le président américain "ne veut pas voir TikTok disparaître", a-t-elle déclaré.
Le réseau social reste sous le coup d'une interdiction aux États-Unis, en vertu d'une loi votée au Congrès en 2024, si sa maison mère ByteDance n'en abandonne pas le contrôle.
Un accord de principe en avril
Selon plusieurs médias américains, un protocole avait bien été trouvé début avril. Il prévoyait la séparation de TikTok US du groupe ByteDance, avec une recomposition du capital. Les parts détenues par des investisseurs non chinois passaient de 60 à 80 %, ByteDance conservant les 20 % qu'elle possède actuellement. Le groupe informatique Oracle, qui héberge déjà les données de TikTok US sur ses serveurs américains, devait être à la manoeuvre, accompagné, notamment, par le gestionnaire d'actifs Blackstone ou l'entrepreneur Michael Dell.
Mais l'annonce de droits de douane imposés par Donald Trump à ses partenaires commerciaux, avec une note particulièrement salée pour la Chine, à 54 % (plus tard relevés jusqu'à 145 %), a bloqué la transaction côté chinois.
Un symbole de rivalité technologique
"Il nous faudra probablement l'accord de la Chine" d'ici mi-septembre, nouvelle date limite, a reconnu, mardi, Donald Trump. "Je pense que le président Xi finira par donner son feu vert." "TikTok n'est plus simplement un réseau social", estime Shweta Singh, professeure à l'université britannique de Warwick. "C'est devenu un symbole de la rivalité technologique entre les États-Unis et la Chine."
Si les deux pays se sont entendus, début juin, sur un "cadre général" pour normaliser leurs relations commerciales, le dossier TikTok reste en souffrance. La plateforme n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.
TikTok toujours populaire
Mais loin de pâtir de cette crise géopolitique, le réseau revendique toujours 170 millions d'utilisateurs aux États-Unis, dont 7,5 millions de comptes d'entreprises, des grands groupes aux PME. "À moins de prendre Trump à rebrousse-poil, ils vont probablement continuer à bien se porter", anticipe Rob Enderle, analyste du cabinet Enderle Group. "Je ne vois pas de raison pour (le président) de s'en prendre à TikTok maintenant."
Selon le site spécialisé Appfigures, le réseau social est la deuxième application la plus téléchargée aux États-Unis derrière ChatGPT sur les téléphones Android. La mansuétude affichée par le milliardaire, qui a redit à la chaîne NBC avoir "un petit faible pour TikTok", a sensiblement dilué l'urgence de la situation.
Sur la plateforme, seuls quelques messages évoquent, sans passion, la date du 19 juin, leurs auteurs convaincus d'un nouveau délai à venir. Le contraste est marqué avec le début d'année, qui avait vu beaucoup d'influenceurs préparer leur migration vers d'autres cieux, en particulier Instagram ou YouTube.
Début mai, sur NBC, Donald Trump affirmait encore pouvoir intégrer le volet TikTok aux négociations plus larges avec la Chine sur le commerce, pour en faire une sorte de bonus, mais les deux sujets semblent aujourd'hui bien dissociés.



