Google livre les données d'un étudiant à l'ICE sans validation judiciaire, un précédent inquiétant
Google livre données étudiant à l'ICE sans validation judiciaire

Google livre les données d'un étudiant à l'ICE sans validation judiciaire, un précédent inquiétant

En réponse à une assignation de l'ICE, la police américaine de l'immigration, Google a fourni une quantité massive d'informations personnelles concernant Amandla Thomas-Johnson, un étudiant et journaliste britannique. Cette transmission s'est effectuée sans que l'entreprise ne cherche à défendre les droits de l'individu en demandant la validation préalable d'un juge, révélant des pratiques particulièrement préoccupantes.

Une mine de données personnelles transmise sans contrôle

L'agence fédérale, dont les pouvoirs ont été renforcés par Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche, a adressé une assignation à Google pour obtenir les données d'Amandla Thomas-Johnson. Comme l'a révélé le média The Intercept, l'entreprise a fourni une véritable mine d'informations, comprenant les noms d'utilisateur, les adresses, le numéro de téléphone, ainsi qu'une liste détaillée des services associés à son compte Google.

Les numéros de carte de crédit et les comptes bancaires liés à son compte pour l'achat d'applications ont également été communiqués à la police de l'immigration. Cette transmission exhaustive soulève des questions fondamentales sur la protection des données personnelles face aux demandes administratives.

Une assignation contestable non soumise à la justice

Le problème majeur réside dans le fait que Google a averti Amandla Thomas-Johnson de cette transmission seulement après l'avoir effectuée, alors que l'entreprise aurait dû le faire avant pour lui permettre de contester l'assignation. Cette dernière n'avait d'ailleurs même pas été approuvée par la justice, ce qui constitue une violation des procédures habituelles.

Dans ses règles de confidentialité, le géant américain précise qu'il peut partager des informations personnelles avec des tiers en réponse à des obligations légales, mais uniquement s'il estime que cette divulgation est raisonnablement justifiée. Or, dans ce cas précis, l'agence fédérale n'a fourni aucune justification spécifique concernant l'ancien étudiant de l'université Cornell.

Un contexte politique sensible

Amandla Thomas-Johnson avait participé à une manifestation contre les entreprises fournissant des armes à Israël lors d'un forum de l'emploi universitaire en septembre 2024. Non seulement il a été banni du campus par la suite, mais il estime que l'ICE cherchait à obtenir ses données pour le pister et éventuellement l'arrêter.

Google l'a prévenu de la demande d'informations seulement 90 minutes après que l'université Cornell l'a informé de l'annulation de son visa étudiant par le gouvernement américain. L'étudiant avait déjà quitté les États-Unis et se trouvait en Suisse, ayant préféré ne pas retourner au Royaume-Uni par crainte d'y être arrêté.

Un cas qui n'est pas isolé

Amandla Thomas-Johnson, désormais à Dakar au Sénégal, est loin d'être le seul à avoir vu ses données personnelles transmises au Département de la Sécurité intérieure par Google. D'autres personnes ont subi le même sort, dont récemment un retraité de 67 ans ayant demandé de la clémence envers un demandeur d'asile afghan menacé d'expulsion.

Ces actions ont poussé deux associations américaines de défense des libertés, l'American Civil Liberties Union et l'Electronic Frontier Foundation, à exhorter les entreprises technologiques à ne pas divulguer volontairement des données d'utilisateur en réponse à des assignations non validées.

Des appels à la responsabilité des géants tech

Les associations fustigent le fait que ces entreprises ne contestent pas la surveillance illégale et ne défendent pas suffisamment la vie privée et la liberté d'expression des utilisateurs. Elles appellent Google, Meta, Apple et les autres sociétés recevant ces assignations à:

  • Insister pour que le DHS demande à un tribunal de confirmer que leurs demandes ne sont pas illégales ou inconstitutionnelles
  • Informer les utilisateurs de ces demandes en leur laissant suffisamment de temps pour les contester
  • Éviter de répéter ce qui s'est produit avec Amandla Thomas-Johnson

Cette affaire met en lumière les tensions croissantes entre la sécurité nationale, les droits individuels et le rôle des entreprises technologiques dans la protection des données personnelles. Elle soulève des questions cruciales sur les limites de la coopération entre le secteur privé et les agences gouvernementales, particulièrement dans un contexte où les pouvoirs de surveillance s'étendent sans contrôle judiciaire adéquat.