Pour la nouvelle génération d'étudiants, Internet et l'IA sont désormais des acteurs incontournables de l'enseignement. Loïc Harriet, directeur général d'Éklore-ed (anciennement ESC Pau), observe que les amphithéâtres servent surtout à habituer les étudiants à prendre la parole en public, une compétence différente de celle requise sur les réseaux sociaux. Le passage en école peut surprendre les bacheliers habitués au lycée, et leurs parents, qui choisissaient leur formation sur Minitel, peinent à les aider.
Un métier d'enseignant en pleine mutation
Cyril Blondet-Vargas, directeur des programmes de l'EMLV, confirme que la disruption technologique remet en question les fondements du métier d'enseignant. Avec la connaissance universelle accessible dans une poche, le professeur ne peut plus se contenter de dicter un cours. Sébastien Chantelot, directeur général de l'EBS, prévient : un enseignant qui arrive avec un classeur et demande d'écouter perd immédiatement son auditoire.
L'IA adoptée par les étudiants
Les étudiants ont adopté l'IA, mais les pédagogues doivent montrer son intérêt individuel et collectif. À l'EMLV, deux groupes sont formés : l'un utilise l'IA, l'autre non, puis la classe analyse les résultats en termes de qualité, créativité et esprit critique. La question se pose : l'IA nivelle-t-elle les productions ?
Une course contre la montre pour les écoles
Maya Stoilova, responsable du pôle projets et innovation pédagogique de l'EDC Paris Business School, vit une course contre la montre. Il y a quatre ans, l'école misait sur la pédagogie par projet et la gamification ; aujourd'hui, la stratégie IA prime. Mais elle évolue si vite que les écoles doivent trouver un équilibre entre innovation et investissements judicieux. Certaines écoles ont abandonné les simulations en réalité virtuelle après des investissements coûteux, en raison de l'inconfort des étudiants et d'une valeur ajoutée limitée.
Partir des besoins réels
Pour éviter les erreurs, il faut consulter et échanger avant d'imposer un outil. Les jeux et l'IA n'ont pas les mêmes bienfaits selon les matières : en entrepreneuriat, la gamification est une mine d'or grâce aux simulations de décision, mais en géopolitique ou en droit des affaires, la valeur ajoutée s'effondre en raison des évolutions rapides.
Innovations pédagogiques autour de l'IA
L'ESCE lance Omn'IA Campus, une plateforme où professeurs déposent contenus et étudiants interagissent, avec accès gratuit aux versions payantes de ChatGPT et Claude. Pour éviter une école à deux vitesses, tous les étudiants bénéficient des mêmes outils. Plutôt que d'interdire l'IA, les formations imaginent des solutions : à la fin d'un mémoire, les étudiants doivent fournir une « promptgraphie », liste des prompts utilisés. À Éklore-ed, les étudiants produisent chaque semaine des vidéos verticales de 180 secondes.
Le retour des humanités
Internet et l'IA ont poussé les écoles à réintégrer la philosophie, la psychologie et la sociologie. À Éklore-ed, on part de séries comme Black Mirror pour aborder des questions éthiques et sociales, jusqu'à remonter à Hobbes. Sébastien Chantelot de l'EBS parle de « grande revanche des humanités ». L'important pour un manager est de savoir prendre parti, argumenter et se démarquer dans un monde où tous utilisent les mêmes IA. En 2026, les mots clés des écoles tournent autour du courage et de l'audace, comme la signature de HEC Paris : « Oser l'impossible ».



