Il y a les grandes intelligences artificielles généralistes comme ChatGPT, Grok ou Google Gemini, mais aussi, de plus en plus, des IA ciblées. Le média en ligne Les Electrons libres (LEL) a fait le pari de créer la sienne.
Un média, une communauté, un groupe de réflexion
LEL a vu le jour le 20 mai 2025, à l’initiative d’Antoine Copra (qui a collaboré au Point), de Benjamin Sire, rédacteur en chef du site (par ailleurs journaliste chez Franc-Tireur), de Frédéric Halbran, ingénieur, et de Philippe Bourcier, développeur et investisseur.
« Depuis le début, expose Benjamin Sire, nous avons décidé d’être à la fois un média, une communauté et un groupe de réflexion. Nous entretenons des groupes d’échanges très actifs avec nos abonnés premium, qui deviennent aussi des contributeurs ».
L’IA Céleste est le prolongement de cette démarche. La réflexion sur son lancement a démarré en novembre 2025, alors que LEL avait six mois d’existence. Elle s’appuie sur des éléments de technologies développées par le français Mistral, sur le travail de la communauté des Electrons libres, ainsi que sur la vaste base de données « Our World in Data » (« notre monde en données ») de l’université d’Oxford, référence internationale en matière scientifique et économique, pour tout ce qui concerne les statistiques, les chiffres, etc.
IA de combat
Les fondateurs ne font pas mystère de leurs intentions. Céleste, alias « @moniaceleste » sur les réseaux sociaux (où elle est se présente sous les traits d’une jeune femme en combinaison futuriste) est une combattante. Elle va monter au front de la désinformation sur les sujets centraux des électrons libres : défense du progrès scientifique, de l’agriculture de précision à haut rendement, du nucléaire, des nouvelles techniques génomiques, de la rationalité, de la médecine basée sur les preuves, etc. En phase ultime de test, Benjamin Sire lui a demandé la recette de la tarte aux fraises. « Elle m’a répondu que la cuisine n’était pas son domaine ».
Comme l’explique le rédacteur en chef de LEL, le titre est né d’un « besoin viscéral de contrebalancer le poids donné à la désinformation par certains médias de référence qui, au nom de préceptes moraux, transforment le journalisme en militantisme », avec un effet mécanique sur le discours des IA généralistes. Des outils formidables, mais parfois contaminés.
Peu d’argent mais beaucoup de travail
Gemini, par exemple, répond sur un mode complotiste farfelu à la question de savoir si l’obsolescence programmée existe. « Oui, l’obsolescence programmée existe bel et bien », assure l’IA, manifestement nourrie par des dizaines d’articles à sens unique sur ce sujet. Gemini croit savoir que « pendant longtemps, c’est resté un secret de polichinelle industriel. Aujourd’hui, c’est un concept documenté, étudié et, dans certains pays comme la France, un délit puni par la loi ».
L’IA oublie de préciser que le délit en question, introduit dans le code de la consommation en 2015, n’a débouché sur aucune condamnation. Gemini le dira seulement si l’usager formule sa question de manière plus stricte (« quel est le bilan du délit d’obsolescence programmée ? »).
Céleste devrait fournir plus spontanément des réponses pertinentes dans des dossiers trop souvent teintés d’idéologie. Dans la vidéo de lancement, la charmante IA convertit un Faucheur volontaire aux OGM et Angela Merkel au nucléaire, en leur chuchotant quelques mots mystérieux à l’oreille.
Combien a coûté Céleste ? Le budget se chiffre en centaines d’euros, auxquelles il faut ajouter une masse de travail considérable, répond Benjamin Sire. Les Electrons libres sont en passe de boucler une seconde levée de fonds, de 400 000 € à 500 000 €. La somme financera d’autres développements du jeune média rationaliste principalement détenu par ses lecteurs.



