La plateforme vidéo de Google, YouTube, étend son dispositif de protection de l'image aux artistes et musiciens pour lutter contre les usurpations d'identité générées par l'intelligence artificielle. L'outil de détection gratuit des deepfakes, initialement lancé pour les responsables gouvernementaux et les journalistes, est désormais accessible aux célébrités et artistes de Hollywood via leurs agences de talents et sociétés de management.
Un dispositif élargi aux personnalités publiques
L'outil permet de rechercher des contenus générés par l'IA reprenant l'apparence d'un participant, comme un deepfake de son visage, et donne le pouvoir de les dénicher et d'en demander la suppression. Les célébrités et artistes peuvent y accéder même sans disposer de chaîne sur la plateforme.
Selon Alon Yamin, directeur général et cofondateur de Copyleaks, une plateforme de détection de contenus générés par l'IA, "le fait que YouTube ouvre ses capacités de détection de deepfakes aux personnalités publiques marque un tournant dans la manière dont les plateformes abordent la protection de l'identité à l'ère de l'IA générative". Il ajoute que "la technologie permettant de reproduire le visage, la voix et les mimiques d'une personne a avancé plus vite que les garde-fous qui l'entourent, créant un fossé que des acteurs malveillants exploitent déjà".
La multiplication des contenus hyperréalistes
Cette initiative intervient alors que se multiplient les vidéos hyperréalistes de célébrités disparues, créées avec des applications grand public comme Sora, l'outil d'OpenAI. L'application a déclenché un flot de vidéos de Michael Jackson ou d'Elvis Presley. En février 2026, le réalisateur irlandais Ruairí Robinson avait déjà créé un clip d'un réalisme saisissant montrant Brad Pitt se battant avec Tom Cruise sur un toit, à partir d'un prompt de deux phrases.
Largement diffusé et provoquant de vives inquiétudes à Hollywood, ce clip a été généré avec Seedance 2.0, un outil appartenant au groupe chinois ByteDance. Charles Rivkin, patron de la Motion Picture Association, l'association des grandes sociétés de production américaines, a appelé ByteDance à "cesser immédiatement ses activités de contrefaçons", l'accusant de bafouer le droit d'auteur. YouTube explique pour sa part travailler avec les principales agences de talents pour améliorer la détection des images problématiques et mieux protéger les artistes.
La protection du patrimoine numérique
Jason Newman, de la société de management et de production Untitled Entertainment, se réjouit que la plateforme "fasse ce qu'il faut en fournissant ces outils gratuitement aux talents, afin qu'ils puissent protéger leur patrimoine". Il ajoute : "Leur patrimoine, c'est leur visage, leur corps, qui ils sont, ce qu'ils font, leur façon de s'exprimer."
Le développement de l'outil fait suite à des plaintes de personnalités américaines de premier plan dénonçant les lourdeurs de la procédure sur YouTube pour signaler et retirer un deepfake. Alon Yamin souligne que "les enjeux sont particulièrement élevés car les deepfakes peuvent être utilisés pour diffuser de la désinformation, manipuler les marchés, nuire à des réputations ou laisser croire à un soutien trompeur. Une détection robuste n'est plus optionnelle." Il précise que "les systèmes de détection doivent être extrêmement précis, continuellement mis à jour et associés à des règles claires et à des procédures de retrait rapides pour être efficaces. Cela n'éliminera pas totalement les deepfakes, mais peut réduire considérablement leur portée et leur impact, en rendant plus difficile la circulation de contenus manipulés sans être détectés ou contestés."



