Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé le 15 juin l'injection de 655 millions d'euros supplémentaires dans le développement de l'intelligence artificielle (IA) via le plan France 2030. Cette décision, dévoilée à la veille de l'ouverture du salon VivaTech à Paris, vise à garantir que "cette révolution profite aux Français" et à renforcer la souveraineté numérique du pays face aux États-Unis et à la Chine.
Un investissement stratégique pour l'IA
Dans une vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux, Sébastien Lecornu a précisé que ces fonds iront "soutenir les infrastructures, les capacités de calcul, la recherche, les entreprises et les filières industrielles". L'objectif est de "protéger notre souveraineté" et de "renforcer nos services publics". Cette annonce intervient alors que la 10e édition de VivaTech, plus grand événement européen dédié aux nouvelles technologies, se tient à Paris du 16 au 20 juin, avec l'IA, les robots et la souveraineté numérique comme thèmes centraux.
La DGSI rompt avec Palantir au profit de ChapsVision
Parallèlement, Sébastien Lecornu a révélé que le renseignement intérieur français (DGSI) a décidé de rompre son contrat avec le géant américain de l'analyse de données Palantir, dont le cofondateur Peter Thiel est proche de Donald Trump. La DGSI a finalement retenu la société française ChapsVision. "Nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dépendances stratégiques dans le numérique", a justifié le Premier ministre, soulignant la nécessité de "construire une véritable autonomie" pour ne pas dépendre du bon vouloir de partenaires étrangers.
Réaction aux restrictions américaines
Cette décision fait suite à l'injonction de l'administration Trump, qui a ordonné à la start-up américaine Anthropic de suspendre l'accès à ses modèles d'IA Claude Fable 5 et Mythos 5 pour tout ressortissant étranger, invoquant la sécurité nationale. Cette mesure a suscité des réactions de plusieurs personnalités politiques françaises, de Jordan Bardella à Jean-Luc Mélenchon, en passant par Gabriel Attal, Edouard Philippe et Bruno Retailleau, qui ont alerté sur une "guerre de l'IA" et le besoin d'indépendance vis-à-vis des États-Unis.
L'IA au cœur des ministères
Pour encourager l'utilisation de l'IA au sein de l'État, Sébastien Lecornu a annoncé que la capacité des ministères à utiliser l'IA sera désormais prise en compte dans les arbitrages budgétaires. "Chaque ministère devra démontrer comment il utilise l'intelligence artificielle pour simplifier les démarches, améliorer le service rendu aux Français et réduire les tâches inutiles", a-t-il expliqué, visant ainsi à réaliser des économies sans diminuer la qualité du service public.
Les ministères de la Justice et de l'Intérieur bénéficieront dès cette année des technologies les plus avancées via le portail GenIAl, déjà utilisé par le ministère des Armées, pour traiter des données sensibles ou accélérer le traitement des visas. En matière de santé, le site Ameli de l'Assurance maladie proposera un "assistant santé public" basé sur l'IA, permettant aux patients de confier leurs données de santé à une IA gérée par l'Assurance maladie plutôt qu'à une entreprise étrangère.
Meilleur accès aux données publiques
Enfin, Sébastien Lecornu a promis un meilleur accès aux données publiques (démographiques, économiques, géographiques, administratives) via une nouvelle plateforme publique dédiée à l'IA, renforçant ainsi la transparence et l'innovation dans le secteur.



