Le nautisme en crise : les ventes de bateaux chutent, la location et l'occasion prennent le relais
Nautisme en crise : location et occasion remplacent l'achat

Le secteur nautique français confronté à une crise structurelle

Dans un contexte économique particulièrement difficile pour le nautisme, les professionnels du secteur rencontrent des obstacles croissants pour vendre des bateaux neufs. Les budgets des clients se contractent significativement, les poussant à se tourner vers des alternatives plus économiques comme les petites unités, le marché de l'occasion ou diverses formules de location.

Une tendance de fond masquée par le rebond post-Covid

Les constructeurs et concessionnaires de bateaux, qui ont connu des jours meilleurs, doivent aujourd'hui faire face à une réalité plus austère. La croissance économique française ralentit, et le secteur nautique est encore plus touché, après deux années fastes post-pandémie qui ont temporairement occulté une tendance structurelle préoccupante.

Les Français achètent désormais moins de bateaux, principalement en raison de la diminution de leur pouvoir d'achat, mais aussi parce que leurs habitudes et usages évoluent profondément. Les professionnels du nautisme commencent progressivement à s'adapter à cette transformation, tout en amorçant leur entrée dans la transition énergétique et environnementale nécessaire.

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Les constats alarmants du Salon nautique d'Arcachon

Au Salon nautique d'Arcachon, où de nombreuses marques, concessionnaires et professionnels sont présents pendant trois jours, jusqu'à ce dimanche 19 avril inclus, ces tendances se manifestent clairement. Sébastien Jambert, directeur du site de Biscarosse du Groupe Nautic 33 (groupe Hunyvers), présent sur le salon, observe que la moyenne d'âge des acheteurs augmente tandis que leurs budgets diminuent.

« On vend moins, c'est plus difficile. Il y a certainement une tendance à la location », confirme le professionnel. Désormais, ce sont surtout des bateaux à moins de 40 000 euros qui trouvent preneurs, principalement des coques ouvertes pour les balades sur le Bassin d'Arcachon ou les lacs, avec des motorisations modérées pour éviter des taxes trop élevées.

Même constat du côté de Côte Aquitaine Plaisance, concessionnaire de la célèbre marque Bénéteau. « On vend surtout des petits bateaux, surtout des occasions, car ils sont moins chers, et encore de très gros, mais moins », explique un commercial. Sur les modèles déclassés avec des réductions importantes, car les bateaux ne sont plus de l'année mais patientent en stock, les professionnels parviennent encore à séduire quelques clients, mais la bataille commerciale reste particulièrement rude.

Les coûts annexes : un frein majeur à l'achat

Les dépenses supplémentaires associées à la possession d'un bateau constituent un obstacle significatif :

  • Les assurances souvent coûteuses
  • L'entretien régulier et onéreux
  • Les places au port dont les tarifs augmentent

Les demandes pour des places aux corps-morts et dans les ports ont d'ailleurs tendance à diminuer sur le Bassin d'Arcachon, reflétant cette réalité économique difficile.

L'essor des formules de location et d'abonnement

Face à ces défis, un nombre croissant de plaisanciers se tournent vers des solutions alternatives :

  1. La location classique pour trois à quatre sorties annuelles
  2. La location partagée par abonnement, formule plus récente

Le principe de l'abonnement est simple : une cotisation mensuelle permet d'utiliser un bateau partagé avec d'autres utilisateurs. Sur le salon, Liberty Pass propose ce service avec déjà 1 200 abonnés en France. Localement, la société Searus, présente sur le port à l'étage du Pôle nautisme d'Arcachon, a lancé sa formule il y a deux ans et commence à séduire une clientèle croissante.

Les débuts de la transition environnementale

Les professionnels du secteur déploient également des efforts pour une meilleure prise en compte des enjeux environnementaux. Laurent Révolat, président de l'UPNBA (Union des professionnels du nautisme du bassin d'Arcachon), évoque notamment :

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  • Le retraitement systématique des déchets
  • Des aires de lavage qui réceptionnent toutes les eaux usées pour un retraitement approprié
  • Des progrès dans la motorisation moins consommatrice de carburant

« En matière de motorisation, on est aux balbutiements de l'électrique, en revanche les moteurs sont moins consommateurs de carburant et ont moins de rejets », précise-t-il. Bénéteau s'est d'ailleurs associé à PWR-Foil, ces planches qui volent sur l'eau et connaissent un vrai succès, pour les proposer en option sur certains modèles, illustrant cette volonté d'innovation.

Malgré ces adaptations et innovations, l'acte d'achat d'un bateau devient de moins en moins évident pour de nombreux Français, contraints par la réalité économique et attirés par des formules plus flexibles et moins engageantes financièrement.