La rivalité Bordeaux-Toulouse dépasse le terrain et s'envenime dans les tribunes
Rivalité Bordeaux-Toulouse : l'antagonisme grandit hors terrain

Une rivalité qui se transforme en antagonisme

Au fil des confrontations répétées, la rivalité sportive opposant l'Union Bordeaux-Bègles au Stade Toulousain tend à se cristalliser bien au-delà de la simple opposition entre les ouvreurs Matthieu Jalibert et Romain Ntamack. Ce qui n'était au départ qu'une compétition sportive classique prend désormais des dimensions plus complexes et parfois conflictuelles.

L'hégémonie toulousaine contestée

En s'affirmant comme la principale concurrente à l'hégémonie que fait régner le Stade Toulousain sur le rugby français depuis 2019, l'Union Bordeaux-Bègles n'a finalement fait que reprendre un flambeau porté par bien d'autres clubs avant elle. Cette réalité avait été synthétisée par Ugo Mola, le manager des Rouge et Noir, en 2023, avant la finale du Top 14 face à un Stade Rochelais alors double champion d'Europe.

Le manager toulousain avait alors déclaré avec une certaine condescendance : « On pourrait comparer le Stade Toulousain à une forme de climat performant sur un temps long. Et il nous est arrivé de rencontrer des Biarritz, des Toulon, des Stade Français et aujourd'hui, c'est La Rochelle. C'est plutôt sur un temps un peu plus court, plus proche de la météo que du climat. »

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Une concurrence qui s'intensifie

Mais alors que la concurrence que l'UBB impose au Stade Toulousain se fait de plus en plus pressante, rythmée par deux finales de Top 14 perdues en 2024 et 2025 ainsi que la demi-finale de Champions Cup qui a lancé Bordeaux vers son premier titre majeur en 2025, cette rivalité sportive semble évoluer vers un antagonisme plus marqué à mesure qu'elle s'exacerbe.

Les indices de cette transformation ne sont pas à rechercher sur le terrain où les relations entre les joueurs des deux équipes, coéquipiers pour la plupart sous le maillot du XV de France, restent bonnes. L'amitié entre Damian Penaud et Thomas Ramos en est l'exemple le plus éloquent. En revanche, dans les tribunes, les liens semblent se crisper progressivement.

Les tensions dans les tribunes

Patrick Rosa, président des UBB Fanes, nuance cependant : « Je viens d'une région de foot : je trouve qu'on est encore loin de l'antagonisme qui peut exister dans le supportérisme dans ce sport-là. Je ne pense pas qu'on en soit à de l'antagonisme même s'il a pu y avoir des chants malheureux, comme les 'mais ils sont où les Toulousains' lancés lors de la dernière demi-finale de Champions Cup. »

Pourtant, les sifflets qui ont retenti lorsque le nom de Toulouse a été prononcé, dimanche à l'issue de la qualification de l'UBB face à Leicester, traduisent une opinion plus tranchée et un rejet plus viscéral. Elodie Richard, présidente des Burdigalais, explique : « Cette concurrence est devenue une véritable rivalité et ça s'est cristallisé à mesure que l'écart entre les deux équipes s'est nivelé. Quand on a pris 60 points à Marseille, autant vous dire qu'on en a entendu ou lu, des choses, de la part des supporters toulousains. Nous, on était correct. Mais au bout d'un moment, les limites sont atteintes. Stop, on en a marre d'être les gentils, on mérite nous aussi une forme de respect. »

Les ouvreurs au cœur de la rivalité

Depuis plusieurs saisons maintenant, les ouvreurs Matthieu Jalibert et Romain Ntamack incarnent presque à eux seuls cette rivalité. Adulés dans leur club respectif, ils sont désormais la cible de l'hostilité dans le camp adverse. Longtemps épargné, le Toulousain en a fait l'expérience lors de la dernière confrontation en Top 14.

Pour ce qui était son match de reprise après avoir été écarté des terrains durant trois mois pour soigner un rein, l'ouvreur du Stade Toulousain avait fait l'objet de sifflets dès que son visage était apparu sur les écrans de Canal+ suite à son remplacement. Ugo Mola avait alors réagi vivement : « Je déplore l'attitude de certains. Je veux parler des sifflets qui ont retenti quand on a vu la tête de Romain sur l'écran géant. On siffle un mec que tout le monde encense par ailleurs. C'est la société dans laquelle on vit, c'est tellement dramatique. »

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Un ressentiment qui s'installe

Le commentaire du manager toulousain n'avait fait qu'attiser l'agacement d'une partie des supporteurs bordelais. Patrick Rosa des UBB Fanes analyse : « Le cas Ntamack est très particulier. C'est la différence de traitement médiatique entre lui et Jalibert qui cristallise beaucoup de ressentiment. » Cette appréciation, bien que biaisée, est largement partagée dans les tribunes de Chaban-Delmas.

Elodie Richard ajoute avec pragmatisme : « De toute façon, je préfère qu'on siffle plutôt qu'on insulte. » Ces querelles de clocher ne sont pas nouvelles mais elles prennent une ampleur particulière dans le contexte actuel.

Une prédiction qui se réalise

Ces tensions peuvent être interprétées comme de simples péripéties dans la rivalité qui oppose l'Union Bordeaux-Bègles au Stade Toulousain. Mais elles sont aussi la preuve que la prédiction qu'Ugo Mola a faite à Maxime Lucu au soir de la finale perdue à Marseille, en 2024, est en train de se réaliser : « Vous allez nous casser les c... pendant longtemps. »

Cette rivalité, qui semblait au départ purement sportive, s'est progressivement transformée en un antagonisme plus profond, marqué par des tensions entre supporters et une hostilité croissante qui dépasse désormais largement le cadre du terrain. Le rugby français assiste ainsi à la naissance d'une véritable opposition structurante qui pourrait marquer durablement les saisons à venir.