Fabien Pelous, recordman des Crunch, revient sur ses plus grands duels face à l'Angleterre
Pelous, recordman des Crunch, évoque ses duels face à l'Angleterre

Fabien Pelous, le recordman des confrontations face à l'Angleterre

Aucun joueur français n'a disputé autant de matchs contre l'Angleterre que Fabien Pelous. À l'occasion du 120e Crunch, l'ancien capitaine et deuxième ligne des Bleus, aujourd'hui âgé de 52 ans, revient sur ses souvenirs les plus intenses de cette rivalité légendaire. Avec 118 sélections, Pelous détient le record de capes en équipe de France et a affronté les Anglais à 17 reprises, pour dix victoires.

Une vie bien remplie après le rugby

Président du fonds de dotation de la Fédération française de rugby, conseiller municipal à Garidech en Haute-Garonne, conférencier en entreprises et propriétaire d'un restaurant, l'après-carrière de Fabien Pelous est aussi riche que son palmarès. L'ancien joueur de Dax et Toulouse, dont la carrière internationale s'est étalée sur douze années, reste une figure majeure du rugby français.

Le souvenir indélébile de 1998

"Si je vous dis 'France-Angleterre', quelle est la première image qui vous vient ?" Pour Pelous, c'est immédiatement le plaquage de Philippe Carbonneau en 1998, qui a sauvé le match à la dernière minute et offert le Grand Chelem au Stade de France. "Aujourd'hui, il y aurait sans doute carton rouge, mais à l'époque... Et 1998 a été une année magnifique : on a vraiment dominé tout le monde. C'était un peu le point d'orgue de notre génération, encore jeune."

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La spécificité de la rivalité franco-anglaise

Pour Pelous, ce qui rend ces matchs si spéciaux, c'est d'abord la rivalité sportive entre deux équipes qui se disputaient le leadership de l'hémisphère Nord. "C'étaient souvent de grandes batailles. Ils avaient une conception du jeu basée sur l'impact et l'intensité. Contre eux, c'était toujours rude." Il évoque aussi le contexte historique : "Sans aller jusqu'à la guerre de Cent Ans, il y a un antagonisme, comme deux frères qui se disputent le cœur des parents. Et malgré tout, on se ressemble."

Des souvenirs d'enfance marquants

Pelous se souvient du France-Angleterre de la Coupe du monde 1991, regardé chez ses parents. "Ce match m'avait marqué : c'était très rugueux, à la limite du correct... voire au-delà. Un engagement extrême, une vraie violence. Je n'imaginais pas un jour être en équipe de France."

Le premier Crunch en 1996

Son premier France-Angleterre, en janvier 1996, était seulement sa quatrième sélection. "Quand j'arrive, on ne les a plus battus dans le Tournoi depuis 1988." La victoire 15-12, scellée par un drop de Thomas Castaignède, marquait un tournant. "Je ressentais déjà une responsabilité, en tant que joueur des Bleus, de laver l'affront de ces années de disette."

La victoire à Twickenham en 1997

L'année suivante, les Bleus s'imposent à Londres (20-23), avec 18 points inscrits par Titou Lamaison. "S'imposer à Twickenham, c'est cocher une case dans une carrière ! Parce que ça n'arrive pas souvent !" Pelous se souvient particulièrement de la hauteur des brins de pelouse, peu propice au beau jeu.

Les défaites douloureuses

La défaite 48-19 en 2001 a marqué la fin de carrière internationale pour plusieurs joueurs français. "Souvent, les grosses défaites sont synonymes de clap de fin pour certains joueurs. À l'époque, ça traduisait une trop grande différence de niveau." Pelous, capitaine depuis 1999, traverse alors une période compliquée : "Dans une carrière il n'y a pas que des hauts. À ce moment-là, j'étais fatigué et je ne l'ai pas très bien vécue."

Le mythe du "sorry, good game"

Le cliché du joueur anglais qui fait des crasses pendant le match avant de lancer un "sorry, good game" à la fin ? "Ça a été une réalité pour la génération d'avant, qui n'arrivait pas à les battre. Nous, on les battait une fois sur deux, donc le 'sorry, good game' allait dans les deux sens."

Le grand regret de 2003

La défaite en demi-finale de la Coupe du monde 2003 (7-24) reste l'un des grands regrets de sa carrière. "Sous cette grosse pluie, ils avaient un énorme avantage, en tant qu'équipe peut-être moins inspirée, mais beaucoup plus organisée et plus puissante. On rivalise, mais pas assez."

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

La fin de carrière en 2007

Sa carrière internationale s'achève avec une nouvelle demi-finale de Coupe du monde contre l'Angleterre en 2007, et une sortie sur blessure après un plaquage de Jonny Wilkinson. "J'avais déjà les côtes fragilisées, et il a fini de m'en fracturer une. Merci Jonny ! Mais c'était dans le jeu."

Les joueurs anglais qui l'ont marqué

Pelous admire particulièrement Martin Johnson, son homologue anglais. "On jouait au même poste et on était tous les deux capitaine ou vice-capitaine. On avait un peu la même vision du jeu : rugueuse, basée sur le défi physique." Le joueur qui lui posait le plus de problèmes ? "Jason Robinson, le petit arrière. Lui, il allait très vite et il avait des crochets incroyables. Il était furtif : il était là... et hop, il n'était plus là."

Regard sur le Crunch de ce samedi

Pour le match de ce samedi soir, Pelous analyse : "À partir du moment où le Grand Chelem n'est plus en jeu, ça a un peu moins de saveur. Malgré tout, ça reste un match pour un trophée. Les Bleus sont dans le dur et on va voir comment ils se relèvent d'une défaite qui aura peut-être laissé des traces dans les esprits."