La Section Paloise, nouvelle pépinière du XV de France grâce à sa formation
Pau, nouvelle pépinière du XV de France grâce à sa formation

La Section Paloise, nouvelle pépinière du XV de France grâce à sa formation

Cette saison, le club béarnais s'impose comme l'une des pépinières les plus prolifiques du rugby français. Alors que Toulouse, Bordeaux-Bègles et La Rochelle dominaient traditionnellement les sélections du XV de France, la Section Paloise a radicalement changé la donne avec une politique de formation intensive menée depuis près de cinq ans.

Une présence record dans le groupe des Bleus

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : après six à sept joueurs convoqués en novembre, ce sont désormais sept à huit éléments palois qui intègrent régulièrement le groupe de Marcoussis avant chaque rencontre du Tournoi des Six Nations. Ce dimanche à Cardiff, trois d'entre eux - Théo Attissogbe, Fabien Brau-Boirie et Émilien Gailleton - seront même titulaires, une première depuis l'élargissement du Tournoi au XXIe siècle.

« Une vraie fierté », confie Sébastien Piqueronies, le manager de Pau dont l'arrivée en 2021 a marqué le lancement de ce projet ambitieux. « Nous avons immédiatement voulu faire de la formation notre premier moteur, devenir les meilleurs pour accélérer les jeunes talents. Pour concurrencer les meilleurs clubs, nous n'avons pas les moyens d'acheter des internationaux confirmés. Nous avons donc assumé de recruter des joueurs avant qu'ils n'atteignent leur plein potentiel, pour les y accompagner. »

La méthode Gailleton : un modèle qui fait école

Le parcours d'Émilien Gailleton illustre parfaitement cette stratégie. Arrivé à seulement 19 ans en 2021 après un bref passage en Pro D2 à Agen, le jeune joueur est devenu instantanément titulaire en Top 14, créant ainsi un véritable appel d'air pour les autres talents.

L'expertise de Piqueronies, ancien responsable du pôle Espoirs de Toulouse et entraîneur des sélections jeunes françaises, a été déterminante dans cette réussite. Sa présence rassure les jeunes joueurs et leurs familles, convaincus de trouver à Pau l'environnement idéal pour achever leur formation et lancer leur carrière professionnelle.

La majorité des Palois sélectionnés chez les Bleus ont 23 ans ou moins, à l'exception du pilier Jimi Maximin (26 ans) et de l'ailier Aaron Grandidier (25 ans). La plupart ont été repérés très tôt par les recruteurs du club dans les formations alentour.

Les « capsules » : un accompagnement personnalisé révolutionnaire

Au cœur du centre de formation palois, les jeunes talents bénéficient d'un suivi exceptionnel grâce au système des « capsules ». Ces petits groupes de joueurs à fort potentiel reçoivent un accompagnement quasi individuel avec des staffs dédiés et la promesse d'une intégration rapide parmi les professionnels.

« Nous avons changé de paradigme par rapport au modèle français traditionnel », explique Brandon Fajardo, architecte du « plan de succession » palois. « Notre objectif n'est pas de faire gagner nos équipes de jeunes - même si c'est appréciable - mais de développer des joueurs. Chez nous, l'entraînement du mardi avec les pros est plus important que le match du samedi avec les Espoirs. »

Cette approche rompt avec les pratiques habituelles où les jeunes joueurs apparaissent sporadiquement en équipe première avant de disparaître pendant des mois. À Pau, lorsqu'un talent est lancé après avoir côtoyé quotidiennement les « grands », c'est pour une intégration durable.

Des sacrifices nécessaires pour une vision à long terme

Cette politique audacieuse a nécessité des choix difficiles. Pour faire de la place aux jeunes pousses, la Section a dû se résoudre à laisser partir plusieurs joueurs bien installés comme Eliott Roudil, ou à réduire le temps de jeu d'autres éléments comme Nathan Decron.

Les résultats sportifs ont d'abord payé le prix de cette transition. « Au début, les résultats de l'équipe première étaient irréguliers », reconnaît Piqueronies. Après une dixième place en 2022 et une douzième en 2023, la progression s'est accélérée avec une neuvième puis une huitième position au classement.

« Émotionnellement, cela a pu être difficile car tout l'environnement veut que les choses aillent plus vite », poursuit le manager. « Mais nous avons toujours été parfaitement alignés avec mon président et mon directeur général : nous savions qu'il nous faudrait un peu de temps. »

Une réussite qui ouvre de nouvelles perspectives

La patience a finalement porté ses fruits de manière spectaculaire. La Section Paloise occupe actuellement la deuxième place du Top 14 et semble bien partie pour disputer ses premières phases finales depuis sa remontée il y a dix ans.

Les infrastructures suivent cette dynamique avec la construction d'un nouveau centre d'entraînement incluant un vaste espace dédié à la formation, dont l'ouverture est prévue pour le début de la saison prochaine.

« Nous investissons 100 % de nos moyens dans notre modèle, sans dépense superflue », insiste Piqueronies. « Nous voulons laisser un héritage et construire des fondations durables. »

La prolongation jusqu'en 2029 d'Émilien Gailleton, pourtant sollicité par Toulouse et La Rochelle, constitue un signal fort de la vitalité du projet palois. L'équipe dirigeante, renforcée par l'arrivée de l'entraîneur Julien Sarraute l'été dernier, planifie déjà l'avenir.

« Nous savons déjà sur quel effectif nous nous projetons pour 2027-2028 », révèle le manager, qui a fixé un nouvel objectif ambitieux à l'ensemble des staffs : que les joueurs palois retenus par Fabien Galthié ne se contentent plus de s'entraîner avec l'équipe de France, mais obtiennent du temps de jeu en match officiel. Ce dimanche à Cardiff, avec trois titulaires, un nouveau pas décisif sera franchi dans cette quête d'excellence.