Laurent Marti, le président qui a hissé Bordeaux-Bègles en Top 14 contre vents et marées
Laurent Marti, l'homme qui a mené Bordeaux-Bègles en Top 14

Laurent Marti, le visionnaire qui a transformé le rugby bordelais

Le 22 mai 2011 restera une date mémorable pour le rugby français. Quatre ans après son arrivée à la tête de l'Union Bordeaux-Bègles, un club alors jeune et en pleine construction, le président Laurent Marti a vu son rêve se concrétiser. Contre vents et marées, avec une conviction inébranlable, il a mené l'équipe à la victoire en finale d'accession face à Albi (21-14), scellant ainsi la montée en Top 14. Un parcours semé d'embûches, mais couronné de succès grâce à une stratégie bien rodée et un engagement humain profond.

Un rêve devenu réalité

Lorsque Laurent Marti a évoqué pour la première fois son ambition de voir le rugby bordelais atteindre l'élite, peu y ont cru. Pourtant, ce Bergeracois de 43 ans, ancien ailier du Stade Toulousain et chef d'entreprise prospère dans le textile, n'a jamais douté. « Ce serait l'un des plus beaux jours de ma vie », confiait-il à la mi-avril 2011. Hier, à Agen, ce jour est arrivé. Après 70 minutes de stress dans les tribunes et 10 minutes de tremblements derrière le banc de touche, les larmes ont coulé, les caméras ont flashé, et les supporteurs l'ont porté en triomphe. « J'en étais convaincu, je le vois aujourd'hui : des émotions comme celles-là, il n'y a que la famille et le sport qui peuvent en donner », a-t-il déclaré, soulignant l'intensité de ce moment.

Une reconnaissance unanime

Sur le terrain comme dans les coulisses, le nom de Laurent Marti était sur toutes les lèvres. Guy Accoceberry, ancien demi de mêlée et délégué aux sports à la mairie de Bordeaux, a salué sa persévérance : « C'est bien sûr sa victoire. Il avait annoncé le Top 14, il l'a fait, même plus vite que prévu ». Modeste, le président a préféré rendre hommage à ceux qui l'ont accompagné : Patrick Laporte, Frédéric Garcia, Olivier Brouzet, le staff actuel, les joueurs et les bénévoles. Mais au-delà des mots, c'est sa capacité à fédérer qui a fait la différence. « Il y a un côté business dans le rugby, je le sais. Mais mes affaires professionnelles vont bien, et, si j'y suis venu, c'est d'abord pour le côté humain », a-t-il expliqué, insistant sur les liens forts tissés avec son équipe.

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Des ambitions claires et une stratégie efficace

Laurent Marti n'est pas arrivé par hasard. Approché en 2006 lors du rapprochement entre Bègles et le Stade Bordelais, il a pris les rênes du club un an plus tard, avec des objectifs ambitieux. « J'avais dit trois ans, on aura réussi en quatre », a-t-il souri hier. Pour sauver le club, il a investi 500 000 euros et est devenu l'actionnaire majoritaire, équilibrant le budget chaque année malgré les risques financiers. Mourad Boudjellal, président de Toulon, témoigne : « Je me souviens qu'il m'a appelé un jour et il m'a dit qu'il avait attaqué son capital personnel. Ça m'a touché ». Pourtant, le chemin n'a pas été sans obstacles : difficultés à mobiliser l'économie bordelais, immobilisme, crise économique. À un point tel qu'il a failli jeter l'éponge en février 2010, avant de se ressaisir un mois plus tard, boosté par le soutien politique et l'arrivée de nouveaux partenaires.

Une approche pragmatique et humaine

La réussite de l'Union Bordeaux-Bègles repose sur une stratégie simple mais efficace. Avec un budget de Pro D2 doublé depuis son arrivée (passant de 2,9 à 5,5 millions d'euros), Marti a misé sur l'essentiel : peu de communication flashy, mais un effort accru sur le partenariat et le sportif. En quatre ans, il a renforcé le staff médical et physique, obtenu la construction d'une salle de musculation financée par Bernard Magrez, et fait preuve d'un flair certain dans le recrutement. Vincent Etcheto, Laurent Armand et Marc Delpoux, tous issus de milieux modestes, ont été embauchés pour leurs compétences. Présent un jour par semaine à Bordeaux et en contact quotidien par téléphone, même depuis l'Asie, Marti délègue facilement, tutoie ses employés et s'investit pleinement sans être omnipotent. « Ce sont les résultats qui amèneront du public et des sponsors », répète-t-il, un credo qui a porté ses fruits.

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Un avenir à construire

La liesse d'hier soir, d'Agen à Bègles, marque une étape cruciale, mais le défi n'est pas terminé. « On a réussi à monter. Mais il est clair que si, aujourd'hui, les institutionnels ne se mobilisent pas pour nous aider à nous maintenir et qu'on redescend, je ne sais pas si j'aurai la force de continuer », a averti Laurent Marti. La montée en Top 14 est une victoire, mais le maintien exigera une mobilisation collective. Cette histoire, tirée des archives, rappelle que le sport peut transcender les obstacles quand passion et stratégie se rencontrent.