Une renaissance pour l'escalade périgourdine
Le département de la Dordogne, célèbre pour ses mille et un châteaux, compte également près de neuf cents voies d'escalade réparties sur une quinzaine de sites. Pourtant, une réalité amère persiste : près de la moitié de ces parcours demeurent fermés au public comme aux grimpeurs licenciés. Dans ce contexte, la réouverture des Rochers des Clos à Paussac-et-Saint-Vivien, effective à partir du samedi 18 avril, représente une première victoire significative. Après vingt-trois longues années d'attente, ce site bucolique retrouve enfin sa vocation.
Un passionné à l'origine du projet
Derrière cette renaissance se trouve Pascal Kovacs, 65 ans, président du Comité territorial montagne et escalade de la Dordogne. Ce grimpeur passionné, ancien enseignant en génie électrique installé en Périgord depuis plus de quarante ans, connaît intimement les recoins rocheux de la région. "C'est tout le Val de Dronne qui est propice à l'escalade, puisqu'il propose près de la moitié des voies du département", s'enthousiasme-t-il. Les cinq blocs des Rochers des Clos, alignés en enfilade, offriront désormais quarante-quatre voies aux amateurs. Arrivé au sommet, le grimpeur bénéficiera d'une vue privilégiée sur le ruisseau de la Sandonie et son vallon, classé Natura 2000.
Un nouveau modèle juridique pour sécuriser l'accès
La réouverture n'a rien d'anodin. Elle s'inscrit dans un nouveau cadre juridique élaboré après des années de difficultés. "Dans les années 1990, les propriétaires avaient établi des conventions avec la Fédération française de la montagne et de l'escalade (FFME)", explique Pascal Kovacs. "Mais en 2010, un grave accident a conduit la justice à juger la FFME 'responsable sans faute'. Toutes les conventions ont été cassées en 2022." Ce bouleversement a durement affecté la Dordogne, où de nombreux sites se trouvent sur des parcelles privées.
Le modèle désormais retenu repose sur une prise en charge juridique par les collectivités locales. "La Communauté de communes du Périgord ribéracois (CCPR) s'est rapprochée des propriétaires sans surcoût d'assurance, puis a conventionné avec la FFME", détaille Pascal Kovacs. "En cas de souci, la collectivité est responsable sans faute et la fédération, responsable pour faute prouvée." Cette dilution des responsabilités semble convenir à tous les acteurs.
Un travail colossal de préparation
Depuis juin 2025, le comité territorial a consacré plus de deux cent cinquante heures à préparer le site. "Avec un copain, nous avons installé plus de trois cents broches, capables de supporter plus de cinq cents kilogrammes chacune", raconte Pascal Kovacs. "Nous avons aussi fait tomber tous les cailloux instables ou qui sonnaient creux." Un débroussaillage minutieux a enfin libéré l'accès aux Rochers des Clos.
Les cinq blocs, connus depuis 1977, portent chacun un sobriquet évocateur : le bloc de la Grotte, le Fronton, la Grande écaille, la Tour du pirate et la Tour de l'aigle. Leur réhabilitation est saluée comme un événement rare et remarquable par la communauté des grimpeurs, qui compte cinquante-cinq licenciés dans cette commune de quatre cent quarante-quatre habitants.
Une dynamique à étendre
Pascal Kovacs espère que cette réouverture fera des émules. "Vingt-trois ans d'attente, c'est énorme", souligne-t-il. "Cette falaise sera la première du département à rouvrir selon ce nouveau modèle juridique." D'autres sites périgordins font actuellement l'objet de discussions entre le comité et les collectivités, notamment à Bourdeilles et Bayac.
"Ce type de contrats permet un entretien régulier des rochers", conclut le président. "Tout un chacun peut ensuite en profiter, avec ou sans licence d'escalade… Mais c'est quand même mieux avec, car tout ceci a un coût pour le comité." Une page se tourne pour l'escalade en Dordogne, avec l'espoir de voir d'autres sites suivre l'exemple des Rochers des Clos.



