Le combiné nordique, dernier bastion masculin des JO d'hiver
Alors que les épreuves de combiné nordique ont débuté mercredi 11 février 2026 aux Jeux Olympiques d'hiver de Milan, une réalité persistante suscite frustration et colère : cette discipline demeure la seule exclusivement réservée aux hommes dans le programme olympique hivernal. Cette exclusion des athlètes féminines pèse lourdement sur l'avenir même de ce sport historique.
Des athlètes en colère et déterminées
En janvier dernier, l'Américaine Annika Malacinski a diffusé une vidéo symbolique sur les réseaux sociaux. Sac sur le dos et valise en main, elle se rendait à l'aéroport, direction l'Italie pour les Jeux. Sauf qu'elle ne participera pas, car son sport, qui combine ski de fond et saut à ski, n'offre toujours pas d'épreuves féminines aux JO.
"Tu es prête pour les Jeux olympiques d'hiver auxquels tu n'as pas le droit de participer", a écrit cette jeune femme de 24 ans, militante infatigable pour le changement. Comme elle, de nombreuses combinardes partagent leur mécontentement depuis des semaines avec un slogan percutant : "L'égalité ne doit pas attendre quatre ans".
Une situation paradoxale
Le paradoxe est frappant : le combiné nordique figure au programme olympique depuis la première édition des JO d'hiver en 1924 à Chamonix. Pourtant, la mixité constitue l'un des prérequis exigés par le Comité international olympique pour qu'un sport intègre les Jeux. De plus, une Coupe du monde féminine existe bel et bien, ainsi que des Championnats du monde organisés tous les deux ans depuis 2021.
La Française Lena Brocard, meilleure représentante tricolore, exprime sa douleur : "Regarder les Jeux devant la télé en me disant que j'aurais pu y être si je n'avais pas été une femme, ça fait mal". Elle invite les téléspectateurs à suivre les épreuves pour influencer les décisions du CIO.
Les arguments du CIO
Contacté par l'AFP, le Comité international olympique met en avant deux interrogations majeures concernant la place du combiné nordique dans le programme olympique. Premièrement, un manque de concurrence chez les hommes, avec seulement quatre pays médaillés lors des trois dernières éditions des Jeux. Deuxièmement, un déficit d'intérêt du public, la discipline ayant "enregistré de loin les audiences les plus faibles" durant ces Jeux.
Le CIO précise que la discipline fera "l'objet d'une évaluation complète" après les JO-2026, y compris pour les hommes, avant de prendre "une décision quant à l'inclusion du combiné nordique pour les hommes et les femmes" pour les Jeux de 2030 dans les Alpes françaises.
Un avenir incertain
Fabrice Guy, champion olympique français en 1992, s'inquiète ouvertement : "Sans femmes, que va-t-il advenir de ce sport ?". Il a "l'impression qu'on laisse le combiné nordique de côté", privilégiant plutôt d'autres candidatures comme celle du cyclo-cross pour 2030.
"On ne parle même pas des filles en combiné alors que c'est l'une des plus vieilles disciplines au monde. S'il n'y a pas les filles, il ne faut pas rêver, le combiné va disparaître", ajoute l'ancien skieur, dont le fils entraîne l'équipe de France féminine.
Solidarité masculine
Du côté des athlètes masculins, la solidarité s'exprime clairement. Le Français Maël Tyrrode, interrogé mercredi lors de la première épreuve des JO-2026, estime que les athlètes féminines "avaient largement le niveau pour participer aux Jeux" cette année. "J'espère qu'elles seront là dans quatre ans, d'autant que nos deux destins sont liés", souligne-t-il.
L'Américain Niklas Malacinski, frère d'Annika, déplore quant à lui : "Ça me peine qu'Annika ne puisse pas être ici avec moi. Ça a vraiment été un peu difficile, car je vis une expérience fantastique et ma sœur ne peut pas en profiter, ce qui est très regrettable".
Alors que la parité n'est toujours pas atteinte aux JO de Milan (53% d'hommes), la question de l'inclusion des femmes en combiné nordique dépasse le simple enjeu sportif. Elle engage la survie même d'une discipline historique, dont l'avenir semble indissociablement lié à sa capacité à s'ouvrir enfin à la moitié de l'humanité.