Armel Le Cléac’h et le Maxi Banque Populaire XI à Bordeaux
Le maxi-trimaran BP XI arrive à Bordeaux

Armel Le Cléac’h et une partie de son équipage du « BP XI », l’un des plus gros trimarans du monde taillé pour la course au large, se sont faufilés dans le port de la Lune à Bordeaux, lundi 25 mai. Le fleuve et le soir peinent à rafraîchir la chaleur du jour, le zodiac file sous la Garonne basse et puis, à hauteur du port de Bassens, on voit le « Maxi Banque Populaire XI », à découvert. Le trimaran parti de Port-Camargue, près de Montpellier, il y a cinq jours, a bien six heures de retard, mais ce n’est pas plus mal, pour les photos sous le ciel rougeoyant et le confort de tous.

Armel Le Cléac’h et le BP XI, à l’approche du pont d’Aquitaine. Il n’était pas revenu à Bordeaux depuis la Solitaire du Figaro, en 2013. On s’en doutait : pas de vent. Malgré la grande voile sur le mat de 38 mètres, la « Formule 1 des mers » a des airs de radeau tranquille, d’araignée d’eau géante qui remonte le fleuve au bruit du moteur. On ne voit pas les foils, qui soulèvent les flotteurs et lui permettent de voler, jusqu’à 1,5 mètre du sol. Ni les quatre autres voiles – plus de 1 200 mètres carrés dépliées – qui savent l’habiller. Mais c’est un bel insecte, aux formes fuselées, 32 mètres de longueur, 23 de large, plus de 16 tonnes… Pour la fiche technique de ce trimaran de course, l’un des plus grands au monde, on renvoie au site dédié.

Vent de face. Armel Le Cléac’h accueille le petit groupe embarqué, tape la bise à quelques salariées de la banque partenaire qu’il connaît, et on a du mal à s’expliquer pourquoi ce quadra souriant et disponible est aussi surnommé le « Chacal ». Sûrement pour son palmarès, que ce Breton opiniâtre est allé chercher avec les dents, sans lâcher le morceau : trois Solitaires du Figaro, trois podiums au Vendée-Globe dont une victoire en 2017, entre autres. « Depuis Gibraltar, on a du vent de face quasiment tout le temps », raconte le skipper. Mais le voilà à Bordeaux, ville qu’il n’avait pas abordée « depuis 2013 et le départ du Figaro ». Le « BP XI » s’était déjà montré à Arcachon, en 2021, peu après sa mise à l’eau.

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On continue l’expérience visiteur, lequel craignait d’être à l’étroit, mais est vite rassuré. Tout l’espace est tendu de toiles et de filets. Le trimaran ressemble à un trampoline géant. On a la permission de s’y aventurer : le fleuve est paisible. En mer et par gros temps, c’est une autre histoire : le marin est raccordé par des mousquetons aux « lignes de vie » du bateau. On voit des cadrans sur le pont. « Ils disent la vitesse, l’intensité et l’angle du vent. Là, on est à 3 nœuds, moins de 6 km/h », raconte Pierre-Emmanuel Hérissé, directeur technique. Très loin de la pointe maximale en haute mer : « 51,9 nœuds, presque 100 km/h ». Les zodiacs qui escortent le trimaran serviront aussi à le soutenir, pour les manœuvres à quai. « On est un peu lourdaud dès qu’on atteint le port ».

Ses ailes de géant l’empêchent de virer… Le trimaran a navigué avec sept personnes, le maximum à bord. Une petite partie de l’équipe. « La Team, c’est 22 personnes. Des marins, experts en navigation et matelotage, mais surtout des techniciens : mécano, hydraulicien, informaticien. S’ajoutent le bureau d’études, la logistique… » « On a plus de 300 capteurs pour enregistrer en permanence les données. J’ai une formation d’ingénieur, mais il faut savoir un peu tout connaître », dit Le Cléac'h. Le tout au service du skipper breton, sur un esquif qui paraît beaucoup trop grand pour un seul homme. « Solitaire, c’est du job. Il faut être super préparé. » L’informatique embarquée aide sans doute.

On se glisse dans le cockpit et on est surpris de voir à la barre un local. Jean-Baptiste Hazet est le pilote détaché par le Grand Port maritime de Bordeaux, comme l’exige le protocole. « Un bateau comme ça, c’est mon premier. J’ai la banane quand même ! » Il a l’habitude des cargos et paquebots et trouve que celui-là répond bien mieux. Il rendra la barre au Breton pour les manœuvres délicates. « Le cockpit, c’est notre zone de travail », présente l’équipe. On se fait expliquer le système : les winchs pour hisser, border ou rouler les voiles. Les vérins hydrauliques pour descendre les foils, safrans, la dérive…

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Sur le pont, depuis les rives ou le ciel grâce à un drone, tout le monde filme ou photographie. À ce jeu, difficile d’échapper au partenaire éponyme du « BP XI », bardé de logos et signatures, comme un grand copyright. Armel Le Cléac’h porte ses couleurs depuis plus de quinze ans. « Je connais toutes les banques régionales du groupe. Ça fait partie de mon contrat. » Et il fait son taf d’ambassadeur sans problème, sans se lasser. « C’est un géant des mers… » On a passé le pont d’Aquitaine (108 m) sans encombre. Devant le pont Chaban, au tablier relevé, le soleil se cache derrière la Cité du vin. Le moment se fige. Le bateau s’engage et tout le monde prend une photo. Et Armel ? Et bien, il prend une photo. « Trop bien… »

Arrivée devant le ponton Yves-Parlier, où le trimaran restera jusqu’au jeudi 28 mai. Le partenaire a prévu un village, des animations et une exposition pour accompagner l’escale. Le programme ensuite ? « Naviguer un peu sur le golfe de Gascogne, rentrer à Lorient pour préparer la Route du rhum, transat en solitaire en novembre. Et après, on réattaque à fond pour tenter, autour de Noël, le Trophée Jules-Verne ». Tour du monde en équipage de six, à boucler en moins de quarante jours et dix heures, record officiel. Ils espèrent cette fois des vents porteurs.