Propulsé de la 833e à la 313e place mondiale en cinq mois, Moïse Kouamé avance à toute vitesse et débarque à Bordeaux avec la lourde étiquette de grand espoir du tennis français. Il lance ce mardi son tournoi face à Benjamin Bonzi.
Une ascension fulgurante
C'est au tour de Bordeaux de découvrir la nouvelle étoile montante. Après Pau, Lille, Thionville, Montpellier ou encore Saint-Brieuc, Moïse Kouamé poursuit sa tournée nationale de présentation au public français, avant de performer sur la grande scène nationale de Roland-Garros, où l'attend une wild-card pour le tableau final. Invité par la Fédération française de tennis sur la plupart des tournois nationaux cette saison, Moïse Kouamé fait son petit effet partout où il passe. Et face à Benjamin Bonzi, ce mardi au premier tour du tournoi BNP Paribas Primrose, les tribunes devraient se garnir franchement pour la première fois de la semaine.
« Ce que j'ai fait, c'est bien, mais ce n'est pas la finalité. Il n'y a pas non plus de quoi s'emporter », confie le jeune prodige.
Des statistiques impressionnantes
La raison ? Son extrême précocité. À tout juste 17 ans, le gamin de Sarcelles et son mètre 91 affolent les chiffres. 833e mondial à l'aube de son premier tournoi cette saison, il a gagné 520 places en moins de cinq mois, empoché trois titres Futures, circuit sur lequel il est invaincu en 2026. À l'échelon au-dessus, en Challenger, il a déjà une demi-finale au compteur. Et, l'apothéose, invité au Masters 1000 de Miami, il s'est payé son premier top 100 en battant Zachary Svajda. Un joli CV quand on a l'âge d'un lycéen.
Le poids des attentes
Les plus pessimistes argueront que le tennis français et les médias ont souvent précipité les superlatifs pour les jeunes joueurs précoces. Les Luca Van Assche (22 ans), Gabriel Debru (20 ans) ont remporté Roland-Garros juniors, par exemple, mais n'ont pas (encore) confirmé à très haute altitude. Le premier est 97e mondial et aligné au premier tour du Challenger de Bordeaux. Le second a eu besoin de s'exiler aux États-Unis et jouer sur le circuit universitaire pour retrouver la flamme et évacuer une certaine pression.
C'est cette pression, celle des attentes, celle des médias, que devra gérer Moïse Kouamé. Quoi de mieux que d'être entouré d'un cas d'école, Richard Gasquet, son entraîneur, propulsé sous les projecteurs à 9 ans sur la Une de Tennis Magazine et phénomène de précocité ? « Ce n'est pas immense ce que j'ai fait jusqu'à présent, assure le jeune joueur passé par la Justine Henin Academy. Je veux faire quelque chose de plus grand. Ce n'est que la première étape. L'important, c'est que je ne regarde pas les réseaux, je suis très bien accompagné là-dessus, mon équipe m'aide vraiment à garder les pieds sur terre. Ce que j'ai fait, c'est bien, mais ce n'est pas la finalité. Il n'y a pas non plus de quoi s'emporter. »
Maturité et perspectives
Que ce soit dans son tennis complet ou sa manière de s'exprimer, Moïse Kouamé fait plus vieux que son âge, en termes de maturité. Est-il trop vite poussé dans la lumière ? Carlos Alcaraz était désigné d'office héritier de Nadal par les médias ibériques dès que son nom a commencé à poindre sur le circuit professionnel à l'âge de 15 ans. Ça ne l'a pas empêché de devenir n°1 mondial avec sept titres du Grand Chelem à 23 ans. Faut-il appuyer sur le frein pour Kouamé ? La nuance est de mise. C'est factuel qu'il est en avance sur tous les joueurs de sa génération. Le désigner comme le successeur de Yannick Noah à Roland-Garros ne l'est certainement pas. En attendant de découvrir le grand monde des Grands Chelems à Paris, Moïse Kouamé va d'abord tester sa notoriété grandissante à Bordeaux. Et face à Benjamin Bonzi, tout phénomène de précocité qu'il est, il ne partira pas favori.



