Né à Nice et formé au Gym, le défenseur central de 27 ans s’affirme comme un taulier de l’actuel dauphin du PSG. Une trajectoire qui ne surprend pas ses éducateurs niçois.
Un parcours semé d’embûches
Sa trajectoire n’a pas été rectiligne, loin de là. Son départ libre à Chelsea, en 2020, n’a pas été facile à vivre non plus pour lui comme pour son club. Mais à 27 ans, Malang Sarr est aujourd’hui où bon nombre de ses éducateurs niçois le pressentaient arriver : au niveau de la Ligue des champions. « Il est revenu au niveau où il était quand il est parti » observe Alain Cacchioni, l’un de ses éducateurs au Gym.
Passé par Porto (2020-21) et Monaco (2022-2023), Malang Sarr s’affirme sous le maillot Sang et Or comme l’un des meilleurs défenseurs du championnat et contribue grandement à la deuxième place lensoise en L1. La rencontre du soir et encore plus la finale de Coupe de France seront des rendez-vous particuliers pour l’enfant des Moulins, qui n’a connu qu’un seul maillot durant ses 21 années passées dans sa ville natale. Celui de la maison d’en face.
Les souvenirs de ses éducateurs
« Je me souviens encore du petit bonhomme de cinq ans emmené par son papa, retrace Alain Wathelet, ex-directeur du centre de formation et actuel coach de la Seconde Ligue féminine. Son père l’a toujours suivi, il était très rigoureux sur les résultats scolaires aussi. Il était capable de punir son fils de football pendant un mois s’il avait fait un petit écart à l’école. »
Ça n’arrivait pas souvent vu la collection de bonnes notes de Malang au collège Jules Romain puis au Parc Impérial, avant qu’il ne devienne bachelier avec un an d’avance et la mention, ou totalement bilingue à seulement 18 ans. La vie, et plus précisément la mort, avait été entre-temps moins tendre en emportant son papa alors qu’il n’était encore qu’au centre de formation. « Il n’avait que 13 ans, c’est Masseye (l’un de ses frères de cinq ans son aîné) qui a pris la suite pour cadrer son frère » précise Wathelet.
« C’est une épreuve qui l’a forgé, poursuit Cacchioni, son éducateur chez les U12-U13. C’était un meneur dans un vestiaire, il l’a été aussi dans sa famille. Il a toujours été très bien entouré et sa détermination, son implication ont fait le reste. »
De l’attaque à la défense
« Il était déjà aspirant à 15 ans, souligne Wathelet. Petit, il jouait devant. On l’a fait reculer arrière gauche, puis défenseur central car il manquait de vivacité pour se retourner et se montrait bien plus à l’aise face au jeu. »
« Il avait un leadership naturel, du caractère, et le sens de la famille, abonde Laurent Bonadei. Il travaillait dur, il savait que réussir dans le football était important pour lui et les siens. » Le sélectionneur des Bleues était coach de la CFA du Gym lorsque Claude Puel le prévient qu’il aura un U17 dans son effectif.
« J’étais très étonné car au PSG, le club d’où j’arrivais, de très bons jeunes comme Moussa Diaby, Stanley Nsoki ou Bouba Soumaré jouaient en U19, jamais en réserve. » Sa première rencontre hors terrain avec le gamin va le séduire. « J’avais pris un paperboard et demandé aux joueurs de me dire ce qu’ils pouvaient m’expliquer sur la philosophie de jeu du club que je découvrais. D’abord sur l’animation défensive. Je me tourne vers le tableau pour noter, et j’entends une voix. Je me retourne et je constate que c’est le plus jeune qui prend la parole ! Le lendemain, je fais la même chose mais avec l’animation offensive. Idem, encore lui ! J’ai compris qu’il fallait faire confiance à Claude. »
Un garçon humble et fidèle
Aligné latéral gauche, Malang redescend parfois en U19, voire U17 « pour qu’il se rende compte de sa progression. » (Bonadei) « Fier de porter les couleurs rouge et noir » selon Alain Wathelet, il devient un symbole le 14 août 2016 lorsqu’il donne la victoire d’un coup de tête face à Rennes pour son premier match en pro, marqué en prime par l’hommage aux victimes de l’attentat.
« On n’aurait jamais pensé qu’il jouerait encore 27 matchs de L1 derrière » ajoute Wathelet, admiratif de ce joueur qui n’a jamais oublié d’où il vient. « Un week-end où il n’a pas été convoqué chez les pros, on lui propose de revenir donner un coup de main à ses copains de la génération U17 avec Emerse (Faé). Il accepte, mais je ne le vois pas arriver lors de la séance d’entraînement de veille de match. Il ne s’était pas réveillé. Je lui dis au téléphone que son amende était doublée, il a débarqué avec l’argent et me l’a donné devant tous les autres. Le lendemain, il avait fait un match énorme. Il avait été exemplaire. »
Alain Cacchioni prendra beaucoup de plaisir à recroiser l’un de ses protégés ce soir. Peu importe son maillot. « Malang ne sera jamais un adversaire. Il restera l’un de mes petits, qui n’a jamais changé de par son humilité et sa mémoire. »



