Roland-Garros : l'héritage unique de Gaël Monfils, artiste du tennis
Gaël Monfils : un artiste du tennis salué à Roland-Garros

Alors que Roland-Garros s’apprête à dire adieu à Gaël Monfils, le monde du tennis mesure ce qu’aucun classement, ni titre majeur n’auront jamais quantifié : son sens du spectacle et sa faculté à inspirer la nouvelle génération. Il n’a pas gagné de titres du Grand Chelem, ni même disputé la moindre finale. Il n’a pas non plus remporté de Masters 1000, ni été dans le top 5 mondial. Loin de nous l’idée de rabaisser la carrière de Gaël Monfils (39 ans, 218e). Ancien 6e mondial et bardé de 13 titres ATP, le Parisien marquera l’histoire du tennis français, aux côtés de ses pairs, Jo-Wilfried Tsonga, Richard Gasquet et Gilles Simon. Plus que ses trois compères de la génération des « Mousquetaires », son aura s’est surtout dispersée bien au-delà des frontières nationales.

Ce n’est pas un hasard si les médias étrangers ont posé leurs caméras, ce dimanche, devant une immense photo de Gaël Monfils, estampillé « artiste », devant le Centre national d’entraînement de la FFT, voisin du stade de la Porte d’Auteuil. Épicentre du tennis mondial pendant deux semaines, l’événement de ce début de Roland-Garros, c’est la dernière danse de « La Monf », chez lui à Paris, dans « son » stade, devant « son » public face à un Hugo Gaston qui aura bien du mal à gagner à l’applaudimètre, ce lundi soir, en night session. Un créneau de prime-time qui n’a pas encore trouvé meilleur animateur que Gaël Monfils.

Le top 10 s’en inspire

Artiste, magicien, showman, le demi-finaliste de l’édition 2008 transmet une énergie unique partout où il passe. À Roland-Garros particulièrement, mais pas que. Sa tournée d’adieu en témoigne. Acclamé à Auckland, à l’Open d’Australie, invité à Acapulco, Indian Wells, Monte-Carlo puis Madrid. Éloigné du top 100, Gaël Monfils attire toujours autant et les organisateurs sacrifient parfois les joueurs locaux, ou un triple vainqueur de Grand Chelem comme Stan Wawrinka, pour lui accorder une wild-card.

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« Peu de joueurs marquent autant les esprits. Son tennis, ses qualités athlétiques, les points spectaculaires qu’il a réalisés tout au long de sa carrière font qu’il y a toujours une attente autour de lui et le rendent inspirant », admire l’ancien capitaine de Coupe Davis, Nicolas Escudé. Cette inspiration, elle est partout dans les travées de Roland-Garros. Dans le top 10 mondial actuel, ils sont au moins trois à avoir confié qu’ils ont grandi en dévorant les matchs spectaculaires de Monfils. « Son charisme et ses qualités athlétiques hors-norme laisseront une trace, confie Félix Auger-Aliassime, 6e joueur mondial. C’est drôle, aujourd’hui il y a des joueurs comme Shelton, 5e mondial, qui me disait que petit, il ne regardait que les temps forts des matchs de Gaël. Il a été unique toute sa carrière. »

Ce n’est pas un hasard si un joueur comme Jannik Sinner a accepté de participer à la soirée carte blanche du Parisien jeudi soir, alors que le n°1 mondial est connu pour ne jamais traîner au stade en dehors de ses entraînements et ses matchs. Leur complicité, souvent hilare, a été un moment marquant de la soirée « Gaël and Friends ».

Quadruple vainqueur de Grands Chelems, Naomi Osaka en était aussi, elle qui a disputé l’US Open en double avec Monfils. « Gaël, c’est mon GOAT (Greatest of all time, meilleur de tous les temps). Je ne pense pas qu’il réalise l’importance qu’il a eue pour un tas de joueurs et joueuses comme moi. Quand j’avais 12-13 ans et que j’ai déménagé à Miami avec mes parents, j’allais le voir jouer, j’attendais longtemps sous la chaleur le début de ses matchs », se souvenait l’ancienne n°1 mondiale il y a quelques mois. La Japonaise abondait à nouveau samedi à Paris : « Il est source d’inspiration. Il y a quand même une vague de joueurs noirs qui arrive en France, ce n’est pas anodin », faisant référence à Arthur Fils, Giovanni Mpetshi Perricard ou encore Moïse Kouamé.

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Monfils reconnaissant

Autre joueur du top 10 actuel, Alexander Bublik (28 ans) a battu son « grand frère » Monfils au deuxième tour du Masters 1000 de Monte-Carlo en avril et n’a pas manqué de lui rappeler en fin de match combien le Français a marqué sa carrière. « Quand j’avais 17 ans, j’étais son sparring-partner à Monaco. Il était l’un des rares à m’inviter à m’entraîner, à me conseiller, confiait le 10e joueur mondial au Figaro avant Roland-Garros. Même l’an dernier, quand je traversais une période difficile et que j’avais reculé au classement, Gaël est venu me parler. Pouvoir échanger avec quelqu’un comme lui m’aide énormément. » L’héritage Monfils perdurera quand il rangera ses raquettes au terme du Masters 1000 de Paris en octobre. « Sur le moment, on ne se rend pas compte de l’influence que l’on a, admettait-il samedi. Quand j’entends tous ces propos, j’en suis tellement reconnaissant d’avoir pu inspirer ces joueurs. J’ai aussi sans doute inspiré des joueurs noirs en leur montrant qu’ils peuvent y parvenir. Je me rendrai compte de tout ça dans quelque temps. » Pour Félix Auger-Aliassime, « Gaël prouve qu’on peut marquer une génération sans gagner un Grand Chelem ».