La nuit parisienne aux abords du Canal Saint-Martin avait laissé craindre le pire. À la veille de cette finale de la Coupe de France, une centaine d’Ultras de Nice, issus de la Brigade Sud, épaulés par des membres de groupes lillois ou nancéiens, ont saccagé un bar et commis des scènes de violence inédites dans un centre-ville. Une rixe les aurait opposés à une quarantaine de membres de Karsud, un groupe d’ultras du PSG, exclu du Collectif d’ultras Paris (CUP) et plus autorisé à se réunir au Parc des Princes. Au final, 65 personnes ont été interpellées et six personnes, dont un blessé grave, ont été blessées.
Après ces graves événements, la question sécuritaire se posait donc forcément avant la finale ce vendredi. Elle avait déjà été classée à « risques » (une échelle de 3 sur 5) par la Division nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH). Un dispositif de 2 200 policiers et gendarmes était mobilisé.
Sortis par grappes gigantesques des RER B et D, cinq heures déjà avant le match, les supporters lensois, maillots jaunes sur le dos, ne semblaient pourtant pas trop inquiets par la bataille rangée de la nuit. « Il n’y a aucune animosité entre Lensois et Niçois, affirme Gaëlle, 43 ans. Il y a même un Niçois qui a voulu m’offrir une bière, mais il n’avait pas vu mon mari. On se sent parfaitement en sécurité devant le Stade. On est venus en train ce matin et on n’a pas arrêté de chanter. »
Sourire aux lèvres et décontractés, les stadiers ont dirigé les premiers supporters lensois arrivés très tôt vers des bars et stands de boisson bien déterminés et délimités. « Enfin, on va pouvoir boire ! », rigole un Lensois maillot floqué au nom de Thomasson. Au fil des minutes, ce sont des vagues entières de Lensois qui ont débarqué sur le parvis du stade. Les Niçois étaient totalement minoritaires. Il y a eu quelques invectives et chambrages dans leur direction, mais rien de bien méchant. « On sait gérer, on n’a aucune inquiétude, il n’y a jamais eu d’affrontements violents sur le parvis du Stade de France avant une finale de Coupe de France », explique-t-on du côté de la FFF.
Les « Corons » ont fait grimper les décibels
Les Lensois ont continué à chanter. « On est avec des copains et on va passer une belle soirée, lance Laurent, 19 ans. Mes parents n’aiment pas quand je quitte Lens, mais là, ils ne sont pas du tout inquiets. J’ai trop hâte de vivre cela. » En pénétrant dans l’enceinte de Saint-Denis, habillée aux deux-tiers aux couleurs sang et or, il a sans doute été saisi par une certaine émotion. Ils étaient en effet 55 000 Lensois. Le temps d’une soirée, le Stade de France s’est transformé en annexe de Bollaert. Après le « Emmène moi » d’Aznavour et « Nissa la Bella » joués par la Garde Républicaine, les « Corons » ont encore fait grimper les décibels et l’émotion de plusieurs niveaux.
Une onde de bonheur s’est ensuite emparée du Stade de France lorsque Florian Thauvin a ouvert le score (26e). L’attaquant de 33 ans a sprinté vers le but opposé pour célébrer devant le virage lensois. Après le 2e but d’Edouard (42e), la réduction du score de Coulibaly (45e+3) a donné encore plus d’ardeur au virage niçois, qui a toujours chanté et s’est fait entendre, malgré des forces en présence totalement déséquilibrées.
Mais comme c’est la tradition à Bollaert, la seconde mi-temps a débuté sous les « Corons » entonné par tous les supporters de Lens, avec leurs écharpes brandies. Ils scandent longuement le nom de « Florent Thauvin » à sa sortie, juste avant le but de la libération signé Sima (78e), alors que Nice y croyait encore. Les tribunes s’embrasent. On était bien à Bollaert… Saint-Denis.



