Publicité « Les stars de demain sont là » : la Niçoise Camille Pin est la marraine du New Vision Nice Open qui se déroule à Nice cette semaine. La Niçoise Camille Pin est la marraine de cette première édition. Désormais consultante pour Eurosport et Prime Video, l’ancienne joueuse s’est confiée sur ses souvenirs azuréens et sur l’actualité du circuit professionnel.
Vous êtes présente en tant que marraine de cette première édition. Quel effet cela fait-il de revenir sur vos terres natales ?
Déjà quand je suis arrivée et que j’ai vu le club avec le bâtiment du Parc Impérial, ça m’a fait bizarre parce que c’est là où j’ai passé mon bac, où j’étais en sport-études, donc ça m’a replongée dans mon enfance. Puis je suis très heureuse de savoir qu’il y a un tournoi filles qui va permettre à de nouvelles joueuses d’émerger.
Gardez-vous un souvenir marquant d’un match joué sur la Côte d’Azur ?
C’est à Nice que ma carrière a véritablement commencé. Il y avait un WTA 500 à Acropolis, j’étais 280e mondiale et j’ai obtenu une Wild Card pour les qualifications. Au premier tour, j’ai été tétanisée de jouer devant toute ma famille : je perds 6-0 le premier set et, derrière, je me dis : « Non mais je vais m’accrocher ». J’ai fini par passer les qualifs. Ensuite, dans le tableau final, j’ai gagné contre une fille qui était top 20 mondiale, avant de perdre en huitièmes. Mais il y avait les Williams, Mauresmo... Ça m’a lancée, et c’est ici que j’ai réussi à passer un premier cap.
Est-ce particulièrement intéressant pour vous de découvrir ces jeunes talents avant qu’elles n’atteignent le très haut niveau ?
C’est vraiment primordial. Les futures stars de demain, elles sont là, donc c’est super de pouvoir les accueillir et les regarder. Même si, à un moment, il y a des joueuses qui sont très fortes, si elles n’ont pas l’opportunité de jouer, c’est très compliqué pour elles, notamment financièrement. En plus, je suis journaliste, donc peut-être que je les commenterai plus tard, donc c’est assez fort pour moi.
« J’adore mon boulot de journaliste qui est passionnant »
Vous avez commenté les matchs de Roland-Garros sur Prime Video. Comment traite-t-on une finale avec Alexander Zverev, alors qu’il est au cœur d’affaires de violences conjugales ?
Dans la manière dont on l’a traité sur Prime Video, on est restés vraiment que sur le sportif. Derrière, c’est un gars qui a souffert d’être un peu un loser, d’être mentalement fragile dans ces moments-là. Après, moi personnellement, je n’aime pas particulièrement Zverev, en dehors des problèmes de violences conjugales. Je l’ai interviewé, c’est quelqu’un qui n’est pas forcément très agréable. Donc c’est important de segmenter quand on est journaliste. Les problèmes de violences conjugales, il était dedans il y a quelque temps, là il en est sorti. Je pense qu’à un moment, il y a un temps pour le pénal. Là, il a le droit de jouer. On se focus sur la partie sportive qui était hyper intéressante, psychologiquement parlant.
Quels sont vos projets pour l’avenir ?
J’adore mon boulot de journaliste qui est passionnant, qui me fait interviewer des basketteurs avec Prime Video alors qu’à la base, je suis tennis. Ça m’enrichit beaucoup ! Donc ça, c’est génial. Et après, pourquoi pas, à terme, être plus sur de l’animation d’émissions. Du multisport, si un jour je dois évoluer et sortir un peu du tennis... et puis peut-être un jour organiser un tournoi.
Est-ce que votre regard sur le circuit a évolué depuis que vous êtes passée du statut d’ancienne joueuse à celui de journaliste ?
Je me rends plus compte de la difficulté de cette période-là aujourd’hui. Une fois qu’on est dedans, comme dans tout, on ne s’en rend pas vraiment compte parce qu’on avance. Mais avec le recul des années de carrière, je réalise tout ce qu’il faut investir derrière pour arriver à gagner sa vie. Dans mon rôle de journaliste, je vois bien que cette période de transition est primordiale. À notre époque, on n’était pas du tout accompagnées : on n’avait pas l’hôtel payé, on ne pouvait pas amener de coach... Les conditions n’étaient pas du tout ce qu’elles sont aujourd’hui. Il y a donc une belle évolution et une vraie prise de conscience de l’importance de ces tournois-là.
Ce Roland-Garros a essuyé pas mal de critiques à cause de la chute précoce de nombreuses têtes de série. Quel regard portez-vous sur cette édition du Grand Chelem parisien ?
Moi, j’ai trouvé ça vraiment palpitant, et ça a fait du bien de se dire : « Là, il peut tout se passer ». Il y avait un nouveau joueur qui allait vivre une émotion dingue en gagnant son premier Grand Chelem, donc je trouve que l’intérêt était presque décuplé. Par contre, en qualité de match, on a été tellement gâtés l’année dernière avec la finale Alcaraz-Sinner que ce n’était pas tout à fait la même chose. Après, je trouve que l’intérêt du public ne dépend pas forcément que du niveau de jeu, c’est aussi l’histoire qu’il y a derrière. Et c’est vrai que ce Roland a été incroyable avec Maja Chwalińska, qui sort des qualifs et va en finale, alors que c’est une fille qui a du mal à se payer un hôtel. En fait, c’est une histoire un peu conte de fées, et c’est ça qui suscite l’intérêt des gens. Donc je pense que ce Roland a été tout autant suivi que s’il y avait eu les meilleurs.
L’un des moments forts de la quinzaine parisienne a été le parcours de Moïse Kouamé. Comment analysez-vous son éclosion aux yeux du grand public ?
Il a été bien plus que ce que je l’imaginais. On en entendait parler depuis un moment, c’est Richard Gasquet qui l’entraînait. Je suis amie avec Richard, on a pu voir comment il joue. Il a été époustouflant de maturité. On voit qu’en France, on sort des athlètes incroyables. Il y a Sinner qui est presque tombé dans les pommes... Lui, il a joué 5 heures et il est resté debout pour son interview, donc c’est vraiment un athlète hors pair comme on a pu en avoir avec Gaël Monfils. C’est vrai qu’il y a eu aussi, quelque part, le départ de Gaël et l’arrivée de Kouamé ; c’était très symbolique. Mais mentalement, dans les moments chauds et à son âge, d’avoir été aussi courageux... Il a démontré des choses auxquelles je ne m’attendais pas du tout par rapport à son âge. Donc c’est une énorme éclosion. On dit souvent : « Oui, il n’a rien à perdre », mais non, à Roland-Garros, on peut aussi se dire qu’on a tout à perdre, qu’on est invité et que c’est l’occasion ou jamais d’émerger. Tout le monde aurait pu être stressé, mais lui, il a pris ça avec vraiment un cran de champion, donc ce n’est pas rien.
Chez les hommes, Arthur Fils fait figure de chef de file, mais du côté du tennis féminin, on cherche encore la future pépite française. Qu’est-ce qui manque aujourd’hui ?
Je pense qu’il faut du monde, il faut une émulation. Là, pour une question de génération, chez les filles il n’y a pas cette densité, et on voit que ça manque. Alors, il y a Diane Parry (huitième de finale à Roland-Garros) qui pourrait être ce leader. Quand elle joue bien, pour moi, elle a le niveau d’une Amélie Mauresmo. Elle peut être top 10 pour moi, mais il faut qu’elle soit épargnée par les blessures. Je pense aussi qu’il faut retrouver un petit noyau, un petit peu de lien entre les filles. On voit les Italiens : ils marchent bien, mais ils sont vachement ensemble. À l’époque où les Français marchaient très bien, il y avait une énorme cohésion, que ce soit chez les garçons ou chez les filles. Là, on a l’impression que comme il y a de moins en moins de monde et que chacune est staffée avec trois ou quatre personnes autour d’elle, il y a peut-être moins cette émulation. Pourtant, je pense qu’à un moment, ça fait du bien de ne pas être tout seul dans cet écosystème du tennis. Elles pourraient se faire monter mutuellement. Il faut un peu plus de densité et avancer un peu plus ensemble.
Aujourd’hui vous avez 44 ans le même âge que Serena Williams qui a fait son come-back en double au Queens. Quel regard porter vous sur son retour ?
Je suis surprise parce qu’elle a deux petites et qu’il y a un moment quand on arrête longtemps, on perd de la résistance sur l’enchaînement des matchs. Le tennis on le garde. Après je la comprends quand on voit le niveau. Il n’a pas vraiment évolué depuis qu’elle a joué donc elle se dit mais en fait je peux me régaler encore.



