Les Landaises ont remporté face à Villeneuve-d’Ascq, et devant un bon millier de supporters bleu et blanc, la troisième Coupe de France du club. Le retour vers les Landes a été à la hauteur de l’événement : épique. Samedi, 20 h 32, voie 24 de la gare Montparnasse. Audrey Lacroix trépigne. « Bon, ce n’est plus un jeu, là, dis-lui de courir ! » ordonne-t-elle à un jeune homme, au téléphone avec un retardataire. Les agents de sécurité pressent tout le monde : il est temps de monter dans le train spécialement affrété pour amener, puis ramener, les supporters de Basket Landes de leur virée à Paris à l’occasion de la finale de la Coupe de France. Sans agressivité, voire avec un sourire assez peu fréquent. Ils ne s’en cachent pas : travailler sur le désormais célèbre « train de la Coupe » les ravit, ils en redemandent même. N’empêche : l’heure, c’est l’heure. Le départ est prévu à 20 h 33 et il n’y aura pas d’exception. Même pour une soirée exceptionnelle.
Les Landaises ont donc rempli le contrat qu’elles s’étaient fixé, pour elles, pour le club et pour les supporters : gagner la troisième Coupe de France de BL en quatre finales en cinq ans. Et cette victoire est loin d’être anodine : elle valide une nouvelle qualification pour l’Euroligue la saison prochaine, ainsi qu’une participation à un Match des Championnes royal, en septembre, à Roland-Garros. Alors oui, Audrey Lacroix trépigne, mais pas pour les mêmes raisons que quelques heures plus tôt. Le voyage retour ne se fait pas à vide : les joueuses sont là, le staff aussi. Et la Coupe, bien sûr. Enfin, de coupe, il n’y a pas en réalité : le trophée remporté par Basket Landes trois heures plus tôt dans une salle de Bercy splendide, chavirante de joie, à laquelle se sont associés les supporters de Villeneuve-d’Ascq, pas rancuniers de cette défaite 65-77 ni avares en applaudissements, représente une flamme abritant une silhouette qui tient un ballon. Une forme élancée qui contraste avec le poids de la chose, assez impressionnant. On s’y met à plusieurs pour la caler sur un siège, puis pour la transporter d’une voiture à l’autre dans un joyeux tohu-bohu.
Nouveau costume bleu nuit
Tandis que le train s’est ébranlé depuis peu, tanguant de plus en plus au rythme des claquements de main, des sauts de cabri et autres cascades plus ou moins homologuées dont on ne commentera pas l’aspect artistique, Olivier Constant, lui, relève ses lunettes bleues étoilées. « Ce sont celles de Julie », sourit le coach assistant en charge de la défense. Ladite Julie, Wojta, est partie rejoindre ses parents venus spécialement de Chicago pour vivre l’événement, et découvrir au passage les traditions landaises. La plus flagrante en ce samedi soir : si tu n’as pas ta gourde d’eau, eh bien tant pis pour toi, on te donne très volontiers de quoi boire, mais ce sera plus corsé. Mieux vaut manger pour éponger.
Olivier, lui, est attablé devant une grosse barquette de frites froides délaissées par les joueuses. « Je veux bien la sauce aussi, merci », sourit-il devant le gobelet rempli d’une substance orangée. Ou rosée, ce n’est pas très clair. On ne commentera pas non plus. Lui qui porte si bien son nom, toujours d’égale humeur, toujours disponible, respire un grand coup en triturant le bracelet qui ceint son poignet. « C’est ma fille qui me l’a fait. Je ne le porte pas souvent mais je l’avais pour les finales l’an dernier alors je l’ai mis. » Il a aussi changé de costume, délaissé le gris clair qu’il portait à Saragosse pour un modèle bleu nuit. « C’est con parce que, normalement, je ne suis pas superstitieux. Mais ce Final Six nous a mis à tous une petite claque, quand même, alors bon… »
« Tellement attachante »
Pas superstitieux, mais prudent jusqu’au bout. Julie Barennes l’avait confié plus tôt, en zone mixte, au sortir d’un parquet baigné de lumière que les Landaises semblaient ne jamais vouloir quitter mais c’était pas tout ça, il y avait une finale Le Mans - Monaco pour clôturer cette folle et longue journée. « J’ai vraiment réalisé qu’on allait gagner à deux minutes de la fin, parce qu’elles nous ont quand même mené la vie dure, sur la fin elles reviennent. Mais on gagne, et c’est ce que les filles garderont : la victoire avec ce groupe. Elles s’en souviendront toute leur vie », glissait alors la coach lot-et-garonnaise, dans un t-shirt scintillant joliment choisi pour l’occasion. Olivier confirme, raconte : « On a vraiment réalisé à une minute de la fin. On s’est regardé tous les trois (avec Marie-Julie Levant, NDLR), on s’est tapé dans les mains. » Tout simplement.
« Cette équipe, on le dit souvent, mais elle est tellement attachante… Tu as envie qu’elle gagne. Et pour le public : quand tu rentres dans Bercy, que tu vois ce mur blanc… La Coupe de France, je l’avais déjà gagnée deux fois avec Basket Landes et cette fois, le sentiment est beaucoup moins égoïste, je suis plus dans le partage », insiste le technicien, un peu ému de parler de ses proches qu’il a eu le temps de voir « même si ça va hyper vite », de ses parents qui étaient à Saragosse, « avec ma nièce et une voisine », puis à Paris, sans la nièce et la voisine mais avec la belle-mère. Et puis sa petite Pauline. « Elle voulait voir la médaille, si elle était lourde ». Et puis ce « tourbillon » qui s’empare de tout le monde, avant de se retrouver enfin dans l’intimité toute relative du vestiaire.
Des choses à extérioriser
« On a tout simplement crié, tous ensemble. Fallait que ça sorte ! » Il y avait des choses à extérioriser. La frustration de Saragosse et cette élimination en quart de finale. Mais aussi ce qu’il reste à accomplir, car la saison n’est pas finie. Mercredi, Basket Landes disputera sa demi-finale aller de championnat à Lattes-Montpellier, et n’ira pas en dilettante. « Les filles ont envie de plus et tant mieux : elles ne sont pas rassasiées ! » Ce dimanche, pour le staff, ce sera donc « un doliprane et au boulot ! » Alors on laisse Olivier avec ses frites froides « mais c’est pas grave ». Comme il n’est pas grave que les voix se mettent à chanter un peu faux pour reprendre les chansons à rallonge lancées par Gaston Mugnier, le préparateur physique, dans un wagon bar qui n’a jamais aussi bien porté son nom.
Les joueuses se sont éparpillées au gré des voitures tandis que Murjanatu Musa et Destiny Littleton, les plus sages, sont retournées s’asseoir. On croise Louise Bussière, interpellée par des supporters observateurs : « Dis donc, quand tu l’as mis, ton trois points, tu as eu un geste, c’était drôle, tu avais l’air désabusée ». « Loulou » en rigole désormais : 1/7 de loin, ce n’est pas fameux, « mais il fallait continuer, même si je ne faisais que des shoots pourris. On ne pouvait pas lâcher. Je ne sais pas si vous vous rendez compte, mais vous nous aidez de ouf ! Alors on voulait vraiment gagner pour vous faire plaisir ». Qu’elle en soit certaine : ce contrat-là aussi est parfaitement rempli, tandis que le train approche de Bordeaux. Le trajet n’est pas encore fini, l’histoire de cette équipe non plus. Bon, sautons cette nuit qui promettait de s’étirer, chanter, tanguer : plus que trois dodos avant la suite de ses folles aventures.



