Le football vit au rythme des compétitions et les années qui passent remodèlent peu à peu la façon de le pratiquer. Le fond n'a pas bougé mais la forme évolue et les demandes faites aux joueurs, avec. Parmi les nouveautés, l'apparition des « pistons », ces latéraux modernes à qui on demande à peu près tout à la fois. Depuis qu'il a opté pour une défense à trois centraux, Sébastien Pocognoli a besoin de joueurs encore plus dynamiques sur les côtés mais peine à trouver les bons profils. Le poste est bien spécifique.
« Le ''problème'' du piston, c'est l'aspect athlétique, pointe le membre d'un staff de Ligue 1. Il faut être capable de gérer quasiment 105 mètres en apportant défensivement et offensivement. ça demande des qualités d'aérobie, de vitesse, de technique, de centres, de dribbles… Quand l'équipe n'a pas le ballon c'est un vrai défenseur, quand elle l'a, c'est un vrai attaquant. C'est vraiment un nouveau poste ! »
Diatta, le taulier peu considéré
Dans l'effectif, peu de joueurs semblent cocher toutes ces cases. Probablement le plus complet sur le papier, Vanderson manque parfois de régularité et a rejoint l'infirmerie début mars. Krépin Diatta présente aussi des qualités adaptées au poste et louées au Sénégal, mais Pocognoli ne lui fait pas vraiment confiance, avec une seule titularisation lors des sept derniers matchs où il était disponible. Le joueur de 27 ans a même été laissé hors du groupe à Toulouse… après avoir commencé la rencontre précédente face à Auxerre. Une gestion qui interroge pour un joueur expérimenté et important dans le vestiaire.
Caio Henrique, Kassoum Ouattara et Christian Mawissa ont quant à eux été (ou sont encore) blessés, ce qui ne leur a pas vraiment permis d'enchaîner dans les couloirs.
« Il faut que les pistons se sentent aidés par leur central droit ou gauche »
« Le coach a dû faire face à toutes les blessures donc il n'a pas toujours eu le choix pour faire ce qu'il voulait, conçoit Sébastien Squillaci. Mais j'inclurais la ligne défensive dans l'analyse, parce qu'il a aussi eu du mal à trouver une défense centrale fiable avant le repositionnement de Zakaria… Il faut que les pistons se sentent aidés par leur central droit et leur central gauche, il y a une complicité à trouver. Ça aussi, ça a pu manquer par moments. »
Suiveur attentif des matchs de l'ASM, l'ex-défenseur du Rocher (1998-2006) reconnaît que le rôle de piston réclame une palette fournie. « C'est difficile de trouver un profil complet. Adingra a du mal sur l'aspect défensif, je pense notamment à un but encaissé au Paris FC où il a eu un problème pour fermer l'espace. Caio est aussi en difficulté défensivement, je trouve qu'il a des manques dans le un contre un. Normalement il a un super pied, mais il n'a pas retrouvé son niveau. Mawissa, lui, est costaud et capable de se projeter balle au pied, mais il a moins de finesse technique dans les 30 derniers mètres. »
Jordan Teze est mis en difficulté pour défendre dans ce rôle de piston. Si la qualité de son pied peut faire mal à l'adversaire quand il a le temps de centrer, le Néerlandais a peiné défensivement dans son couloir droit à Toulouse. Deux semaines plus tôt au PFC, il n'avait déjà pas rassuré et son pendant, Simon Adingra, avait laissé des boulevards dans son dos. À Lyon, les deux hommes avaient également souffert dans la vivacité (pour le premier) et le placement (pour le second).
« Ils sont censés faire les différences »
Bref, les pistons sont grippés et le système en 3-4-2-1 n'est pas franchement porté par ses couloirs. « Monaco s'appuie sur une grosse densité axiale, avec beaucoup de joueurs qui fixent dans ce secteur, analyse notre interlocuteur d'un club de Ligue 1. Les pistons sont donc censés faire les différences, par la course et les centres. » Comme Udol ou Abdulhamid au RC Lens, par exemple.
Squillaci apporte une notion tactique : « Quand on affronte des équipes fébriles, jouer avec deux centraux peut parfois être plus intéressant qu'avec trois pour un seul attaquant : les deux centraux s'occupent de l'attaquant avec un marquage préventif et les latéraux peuvent amener un plus offensif. » Place à un nouveau changement de système pour finir fort ?



