Le 12 mai 1976, en finale de la Coupe des clubs champions européens 1975-1976, les Verts de Robert Herbin, emmenés par Larqué, Revelli, Rocheteau, s'inclinaient contre le champion en titre, le Bayern Munich, à Glasgow. Voici le compte rendu de ce rendez-vous manqué avec l'article de l'envoyé spécial de « Sud Ouest » paru à l'époque.
Un trophée qui retourne à Munich
Il ne resta plus à Beckenbauer qu'à récupérer ce que les Munichois considèrent désormais comme leur bien : le joyau d'une des plus belles collections du monde. Dans la magnifique galerie où le Bayern de Munich exhibe les trophées remportés aux quatre coins du monde, sa place ne sera pas restée longtemps vide. Partie lundi de Bavière, où elle se plaît passionnément, la Coupe d'Europe des clubs champions retrouvera Munich dès ce matin, pour un minimum d'un an. Pour la deuxième fois consécutive, elle n'aura effectué qu'un simple aller-retour. La saison passée, elle avait été à Paris, mais des supporters mal éduqués de Leeds avaient des vues sur elle. Elle retourna bien vite en Allemagne de l'Ouest, même si les Anglais furent à deux doigts de la faire changer d'avis.
Cette fois, dans le Hampden Park de Glasgow, amputé de près de la moitié de ses places pour des raisons de sécurité, elle a longtemps hésité avant de faire connaître son choix. Son cœur battait encore trop fort pour les Munichois, même si la foule avait un faible pour ces petits Français de Saint-Étienne, hier encore connus de leurs seuls amis, aujourd'hui célèbres dans l'Europe entière pour leurs prouesses annonçant le printemps de notre football.
Le Bayern, des joueurs d'exception
Elle a choisi Maier, aux bras démesurément longs, capable de décrocher la lune si besoin, et protégé des dieux ; le royal Beckenbauer, pour qui le football semble avoir été créé ; ou encore le disgracieux Müller, aux cuisses énormes comme des troncs de chênes centenaires, mais capable de se mouvoir avec l'agilité d'un chat.
Tant pis pour les Stéphanois, victimes d'abord du destin avant de l'être des Munichois. Le rêve qu'ils poursuivaient n'est pas mort, car la réalité reste belle pour eux. Qui, il y a quelques mois, aurait parié un centime sur les chances de Saint-Étienne en finale de la Coupe d'Europe, à une époque où la souveraineté nationale commençait à être contestée ? Qui pensait les Stéphanois capables de se surpasser par rapport à la saison dernière, alors que leur accession en demi-finale semblait relever d'un conte de Perrault plutôt que d'une étude du football européen ?
Un match serré
Hier, l'AS Saint-Étienne a affronté une équipe de Munich qui n'a pas encore atteint le niveau du Real Madrid d'il y a vingt ans, mais qui règne sur notre continent depuis deux saisons. La race des poètes est en voie de disparition. Müller n'est pas Di Stéfano, Dürnberger n'est pas Gento, Beckenbauer n'a rien de commun avec Santa Marina. Le Real symbolisait un certain romantisme, un jeu tourné vers l'attaque, un enchantement. Le Bayern ne peut masquer ses origines anglo-saxonnes : tout est rigueur, la fantaisie exclue. Munich se fixe des objectifs et n'a jamais manqué un grand rendez-vous, encore moins celui d'hier.
Saint-Étienne fut pourtant à deux doigts de le faire descendre de son piédestal. Hélas, il n'a pas eu ce petit brin de réussite sans lequel les plus grandes prouesses deviennent impossibles. Deux fois, à cinq minutes d'intervalle, les cœurs français battirent très fort. À deux reprises, le stade gronda et crut que le Bayern allait mettre un genou au tapis. Hélas, la barre transversale vint au secours de Maier, et Hervé Revelli perdit quelque peu la tête alors que le but s'ouvrait grand devant lui.
Le tournant du match
Pour battre le Bayern, surtout lorsqu'il est servi par la chance, il ne faut manquer aucune occasion. Les Munichois le rappelèrent lorsqu'un tir lumineux de Roth transperça le mur stéphanois. Ironie du sort, Saint-Étienne venait d'être terrassé de la façon dont il avait construit ses plus retentissantes victoires : sur coup franc. Les actions éblouissantes de Sarramagna, les montées furieuses de Piazza, les transversales impeccables de Larqué, l'entrée désespérée de Rocheteau n'y firent rien. Le Bayern avait gagné cette partie durant la seconde période, après que les Stéphanois l'eurent perdue au cours de la première.
Des questions sans réponse
La grande question est maintenant de savoir quelle tournure aurait pris cette finale si l'éblouissant Rocheteau avait disposé de tous ses moyens, et si l'inestimable Synaeghel avait été présent. Saint-Étienne serait-il parvenu à renverser la situation ? Ses plus chauds partisans l'affirment, les Stéphanois le pensent, les observateurs s'interrogent. L'un des principaux attraits du sport et du football provient du fait qu'un match constitue toujours une grande première, sans répétition, avec ses imprévus et ses risques. C'est d'ailleurs ce qui en fait la grandiose beauté. Changer un ou deux acteurs, c'est modifier le scénario. Mais dans quelle proportion ? Plutôt que d'y répondre, je préfère donner ma langue au chat.



