Le Grand Départ du Tour de France 2025 depuis Barcelone, prévu ce samedi, aurait dû offrir une vitrine mondiale aux indépendantistes catalans. Pourtant, l'effervescence attendue n'est pas au rendez-vous. Entre désenchantement et divisions, le mouvement indépendantiste peine à profiter de cet événement pour relancer la lutte.
Une mobilisation en berne
Contrairement aux grandes manifestations passées, les rues de Barcelone ne devraient pas voir affluer des foules de drapeaux esteladas. « Il y a une vraie lassitude, explique Marta, militante historique. Les gens sont fatigués de manifester sans résultat. » Selon un sondage récent du Centre d'Études d'Opinion de la Généralité, seulement 35 % des Catalans se déclarent encore favorables à l'indépendance, contre 49 % en 2017.
Les appels à des actions pendant le Tour de France, lancés par des groupes comme l'Assemblée Nationale Catalane, n'ont pas rencontré l'écho escompté. « Nous avons prévu des banderoles et des rassemblements, mais la participation est incertaine », admet Jordi, organisateur local. La police catalane a déjà déployé un dispositif renforcé, mais les tensions semblent limitées.
Un contexte politique fragmenté
La scène indépendantiste est plus divisée que jamais. Les partis comme Ensemble pour la Catalogne et la Gauche Républicaine Catalane s'opposent sur la stratégie à adopter. « Le mouvement est en crise, estime le politologue Xavier Casals. Les échecs répétés de la déclaration unilatérale d'indépendance de 2017 et les procès des dirigeants ont démobilisé une partie de la base. »
Le gouvernement espagnol, de son côté, a multiplié les gestes d'apaisement, comme la grâce des prisonniers politiques en 2021. « Cela a contribué à désamorcer la colère », note Casals. Pourtant, la question catalane reste une épine dans le pied de l'exécutif, avec des sondages montrant que 60 % des Espagnols estiment que le problème n'est toujours pas résolu.
L'impact du Tour de France
Le Tour de France, événement suivi par des millions de téléspectateurs dans le monde, aurait pu être une tribune idéale. « Mais les indépendantistes n'ont pas réussi à s'unir pour un message commun », déplore Miquel, militant. Les quelques actions prévues, comme des distributions de tracts, risquent de passer inaperçues face à la couverture médiatique de la course.
Les organisateurs du Tour ont pris leurs précautions : les parcours ont été sécurisés, et aucune perturbation majeure n'est attendue. « Nous avons travaillé avec les autorités pour garantir le bon déroulement de l'étape », a déclaré Christian Prudhomme, directeur du Tour.
Un avenir incertain
Au-delà de l'événement sportif, le mouvement indépendantiste cherche une nouvelle voie. « Il faut repenser la stratégie, sortir de l'impasse », plaide Marta. Des ateliers de réflexion sont organisés, mais les résultats se font attendre. Selon une enquête de l'Institut de Sciences Politiques de Barcelone, 72 % des Catalans estiment que l'indépendance n'est pas réalisable à court terme.
Le Tour de France passera, mais la question catalane, elle, reste en suspens. « Nous ne disparaîtrons pas, assure Jordi. Mais il faut du temps pour reconstruire. » En attendant, Barcelone se prépare à accueillir les coureurs, dans une ambiance de fête sportive plus que de revendication politique.



