Cyclisme : un passeport de performance pour lutter contre le dopage
Cyclisme : un passeport de performance contre le dopage

L'Agence internationale de contrôle (ITA) a lancé une étude de faisabilité de deux ans visant à intégrer les données de puissance des cyclistes dans un passeport de performance, un outil complémentaire au passeport biologique pour mieux cibler les performances suspectes. Cinq équipes WorldTour ont déjà accepté de participer, et l'obligation de partager ces données pourrait être généralisée à partir de 2028.

Un projet qui refait surface

L'idée d'un passeport de performance basé sur les capteurs de puissance n'est pas nouvelle : elle était déjà sur la table en 2015. « C'était un peu prématuré », admet Olivier Banuls, responsable des contrôles à l'ITA, avec le recul. Mais cette fois, les conditions sont réunies. Le peloton a accepté, en partie, de jouer le jeu. « Globalement, on a contacté toutes les équipes. » Cinq ont déjà dit oui : Picnic PostNL, Jayco AlUla, Visma | Lease a Bike, Decathlon AG2R La Mondiale et Cofidis. Trois autres (Uno-X, Tudor, TotalEnergies) soutiennent le projet, et des discussions avancées sont en cours avec d'autres équipes.

Des motivations variées

Les équipes participantes ont des motivations diverses. « Vous connaissez le modèle économique du cyclisme : quand elles démarchent des sponsors, elles peuvent dire qu'elles soutiennent ce projet car elles veulent vraiment lutter contre le dopage », explique Olivier Banuls. Une preuve d'intégrité, donc. « D'autres équipes soutiennent véritablement le projet, se disent que c'est un super outil et y croient vraiment », complète-t-il. En revanche, certaines équipes comme UAE ont refusé de participer.

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Des débuts prometteurs malgré les critiques

Le projet a suscité des critiques, notamment de la part d'Alex Carera, agent de Tadej Pogacar, qui l'a qualifié d'« idée stupide ». Le syndicat des coureurs (CPA) a également affiché son scepticisme. Mais Olivier Banuls rétorque : « Je pense que l'UCI, l'ITA et la famille du cyclisme doivent vraiment tout faire pour renforcer la lutte antidopage, par tous les moyens. »

L'ITA reconnaît qu'il existe « des défis et des facteurs confondants », notamment dus aux différents modèles de capteurs de puissance. Les chercheurs de l'Université de Kent et de l'University College London travaillent à les résoudre. Les données sont pseudonymisées et stockées sur un cloud sécurisé. Actuellement, une soixantaine de coureurs fournissent leurs données, un échantillon jugé suffisant pour commencer. « Indépendamment du niveau de performance de l'athlète, l'essentiel est d'avoir suffisamment de coureurs, avec des profils suffisamment larges, pour pouvoir étudier les données », précise Banuls. « Les premiers travaux semblent prometteurs. »

Vers une généralisation en 2028

Fin 2026, l'outil de monitoring sera présenté au comité de financement. En cas de feu vert, tous les coureurs consentants seront suivis en 2027 pour une année de test. « Fin 2027, si cet outil est approuvé par le comité directeur de l'UCI, la réglementation intégrera l'obligation de partager les données pour les coureurs des WorldTeams et des ProTeams à partir de 2028 », annonce Banuls.

Le passeport de performance ne servira pas à sanctionner directement, mais à orienter les stratégies de contrôle. « On va chercher les excès de performance, les performances anormales par rapport à l'athlète, au type de coureur et à la catégorie d'âge. Sur la base de ces variations, on va adapter nos stratégies de contrôles, cibler certains athlètes, faire des analyses spécifiques, mettre des échantillons en stockage à long terme pour des réanalyses », explique Banuls. Et de conclure : « Notre travail, c'est de toujours aller de l'avant pour réduire l'écart avec les possibles tricheurs. »

Selon les chiffres du Mouvement pour un cyclisme crédible, 20 cas de dopage ont été recensés chez les cyclistes professionnels en 2025, soulignant la nécessité de renforcer la lutte.

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