De notre envoyé à Roland-Garros, on a failli attendre. Depuis les premiers titres de Mirra Andreeva chez les pros sous la houlette de Jean-René Lisnard à 14 ans, déjà sur terre battue, jusqu’à sa victoire écrasante en finale de Roland-Garros contre l’étonnante Maja Chwalinska, il s’est écoulé une éternité. Pas assez pour faire franchir le cap des 20 ans à la Russe, mais suffisamment pour faire des impatients dans les rangs de ceux qui s’attendaient à la voir écrabouiller les records de précocité de ce sport.
Une victoire historique à 19 ans
À 19 ans, Andreeva est tout de même devenue la 10e plus jeune lauréate d’un titre en Grand Chelem. C’est mieux que Swiatek, Gauff, Evert et Venus. Elle aurait pu faire mieux, elle aurait pu faire pire. Ses démons l’ont ralentie en cours de route, il a fallu s’arrêter en chemin pour se battre avec. L’année dernière, elle s’était laissé consumer sur le Court Philippe Chatrier contre Loïs Boisson, laissant derrière une feuille de stats peu glorieuse : une défaite, une personne virée de son box et un avertissement de l’arbitre.
Anxiété, Federer et Snoop Dogg
En l’espace d’un an les voix dans sa tête se sont tues, éteintes par la bienveillance de sa coach Conchita Martinez, remplacées par les chansons qu’elle fredonne, ce grand panneau « stop » qu’elle visualise quand l’anxiété émerge et le souvenir de Roger Federer qu’elle convoque. « J’ai juste décidé, comme le dit ma psychologue, que l’on peut toujours choisir comment on va être sur le court, comment on va jouer, quelle personne on va être. J’ai choisi d’être une battante et j’ai aussi regardé beaucoup de matchs de Roger ici. De toute évidence, je n’aurais jamais la même aura que Roger, mais je voulais essayer de reproduire un peu la manière dont il se conduit sur le court, parce que j’ai toujours admiré cela et cela m’a peut-être aidée. »
Ses remerciements pour sa psychologue ne sont donc pas anodins, pas plus que son remix du « Thanks me » de Snoop Dogg dans son discours de victoire. « Je veux me remercier de croire en moi-même, même quand c’est dur », non pas que son parcours à Roland-Garros ait été particulièrement compliqué.
Andreeva déjà accro à la victoire en Grand Chelem
Exception faite pour Bassols Ribera, la seule à lui avoir pris un set, au 2e tour, le bulldozer Mirra Andreeva a écrasé tous ses adversaires à grands coups de tatane long de ligne pour soulever la coupe Suzanne Lenglen. Sa victime la mieux classée, Marta Kostyuk, n’est « que » 15e mondiale, mais elle restait sur 17 victoires consécutives sur terre battue. On peut regretter l’hypothétique rendez-vous manqué avec Aryna Sabalenka en finale, mais l’heure des grandes joutes finira par arriver pour la Russe.
Tout dans son jeu indique que le public du Chatrier sera amené à la revoir plus d’une fois en finale à en croire Mary Pierce, chargée de lui remettre le trophée, un clin d’œil à peine dissimulé à la finale de 2000 remportée par la Française contre Conchita Martinez. « Je l’avais dit il y a deux ans à Conchita qu’elle irait très loin, sourit Pierce. Mirra est agressive, elle sert bien, elle retourne bien, elle n’a pas peur, elle va vers l’avant. Elle a un jeu d’attaquante. Elle fera de grandes choses. Elle n’a que 19 ans. D’ici cinq, six ans, je pense qu’elle gagnera d’autres Grand Chelems. »
Ça tombe bien, Andreeva a apprécié le shot d’endorphines reçu en montant sur le podium. Elle en redemande. « Ces sentiments sont quelque chose de très, très spécial et pour être honnête, je me demande déjà comment je vais me préparer pour la saison sur gazon, comment je vais jouer le tournoi sur gazon. Il y a un côté addictif et je vais faire de mon mieux pour expérimenter ceci une deuxième fois. »
Reçue 0/5 contre Coco Gauff
« Quand on gagne son premier Grand Chelem, c’est sûr qu’on est plus confiante et j’en suis contente, mais elle peut encore améliorer certaines choses, elle doit encore développer son jeu, a tout de suite calmé Conchita Martinez. Mais c’est une bonne nouvelle et il faut conserver son humilité et continuer à travailler. » Pour répéter l’exploit de Paris, Andreeva devra aussi gagner en régularité face aux meilleures à commencer par Coco Gauff, qu’elle n’a jamais battue en cinq confrontations, et franchir plusieurs caps dans les autres tournois majeurs, comme aller en deuxième semaine à Flushing Meadows par exemple. « Elle joue très bien sur dur, elle peut aller loin à l’US Open et en Australie », rassure Mary Pierce.
Pour le moment, Andreeva savoure à sa manière. Elle fait irruption dans l’auditorium en pleine conférence de presse de Conchita Martinez, prend le micro comme une journaliste pour demander à l’Espagnol ce que ça fait de travailler avec elle, et explose de rire avant de repartir au pas de course, ses pin’s autour du cou comme depuis le début de la quinzaine. Ses enfantillages nous ramènent à son âge, là où son palmarès évoque déjà une carrière accomplie. Mirra n’a que 19 ans, et on n’a pas fini d’entendre parler d’elle. A Paris, Londres, New-York, Melbourne et ailleurs.



