Bègles : des toilettes indignes au collège Pablo-Neruda, les parents se mobilisent
Toilettes indignes au collège Pablo-Neruda à Bègles

Au collège Pablo-Neruda de Bègles, des parents d'élèves dénoncent les « conditions sanitaires indignes » des toilettes de la cour, sondage à l'appui. Un projet de reconfiguration des lieux a été reporté sine die, « situation budgétaire » du Département oblige.

Une mobilisation prévue

Ce devait être un matin de mobilisation, mercredi 29 avril, devant le collège Pablo-Neruda de Bègles. Soucieux de bien faire, les parents d'élèves avaient même songé à déclarer leur rassemblement à la préfecture, mais pas dans le délai imparti. La manifestation devrait être remise à la semaine prochaine. Le motif du courroux parental : l'état des toilettes dans la cour de l'établissement, une problématique qui brasse vétusté des sanitaires, dégradations récurrentes et nécessaire surveillance des lieux où se croisent tous les élèves, de la 6e à la 3e.

Des témoignages d'élèves accablants

Ce sont évidemment les premiers intéressés, les enfants, qui en parlent le mieux, à la sortie des cours, à midi. Morceaux choisis : « ça sent mauvais, et il y a plein de gens », « des gens qui se bagarrent, qui fument, qui regardent leur téléphone : il n'y a pas d'intimité », « je ne vais jamais dans les cabines, ce n'est pas très rassurant, les gens déverrouillent la porte », « les verrous, on peut les ouvrir de l'extérieur », « un jour, quelqu'un a mis un gros coup de pied dans la porte », « on a peur des représailles », « je n'y vais jamais, sauf quand j'ai mes règles », « on ne prend jamais les urinoirs du milieu, il n'y a aucune intimité », « au bout d'un moment, on s'habitue à se retenir ».

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Un sondage révélateur

Ce modeste micro-trottoir est corroboré par les résultats d'un sondage mis en ligne au début des vacances de Pâques par les parents du collectif « Des toilettes dignes à Pablo Neruda ! ». 210 réponses ont été recueillies parmi les 623 élèves du collège, soit un taux de réponse de 33 %. Malgré deux nettoyages quotidiens, 94 % des élèves trouvent les toilettes « rarement » ou « jamais » propres et 89 % « en mauvais état ». S'y ajoutent « beaucoup de témoignages d'intimidations et de squats », et ce chiffre massue, principal enseignement de l'affaire : 73 % des enfants se retiennent d'aller aux toilettes (32 % « parfois », 19 % « souvent », 22 % « toujours ») ! Par ricochet, 34 % déclarent des « problèmes physiques liés à la rétention », selon l'intitulé du questionnaire – le risque d'infections urinaires est bien réel.

La réaction des parents

Un chiffre qui fait bondir les quelques parents réunis sur l'esplanade du collège. « Je crois qu'on a tous le souvenir dans notre enfance de toilettes pas propres… Mais jamais je n'ai été dans l'impossibilité d'y aller. Ce n'est pas acceptable », s'indigne Marc. « On ne doit pas accepter pour nos enfants ce qu'on n'accepterait pas pour soi-même dans notre quotidien », abonde Véronica. Comble de l'histoire, Virginie, dont le fils est souffrant, a dû monter un « projet d'accueil individualisé » (PAI) assurant à celui-ci « l'accès au papier toilette, avec une porte fermée lorsqu'il le demande ». Son gastro-entérologue, dûment sollicité pour justifier le bien-fondé du dossier, est tombé des nus. « Délirant », soupire un parent.

Un projet de rénovation reporté

C'est d'ailleurs un message de la direction du collège annonçant mi-mars l'ouverture « restreinte » des toilettes garçons, « suite à de nombreuses dégradations », qui a poussé les parents à s'organiser sous la bannière d'un groupe Whatsapp « toilettes » qui réunit à ce jour une soixantaine de personnes. Et si une rénovation y a été menée « il y a dix ans », indique-t-on au Département de la Gironde, la collectivité en charge de l'entretien des collèges, le sujet semble avoir toujours été sur la table, de mémoire d'ancienne représentante de parents d'élèves.

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« Quand j'ai visité le collège avant l'entrée en sixième de mon enfant, on nous avait annoncé cette rénovation, elle était tout en haut de la pile », croit savoir Élise. Elle a raison. Le bloc sanitaire devait faire l'objet de « travaux d'ampleur », de l'ordre de « 300 000 euros », indique Mathilde Dastes, nouvelle directrice de l'éducation et des collèges au sein du Département. Tout était bouclé, l'aménagement de nouvelles ouvertures, et la bascule en toilettes mixtes, d'un côté les 6-5es, de l'autre les 4-3es, sur le modèle éprouvé du collège Henri-de-Navarre, à Coutras.

Des travaux reportés pour raisons budgétaires

Las, « la situation budgétaire du Département ne permet pas d'aller sur ce programme », poursuit Mathilde Dastes, faisant référence au plan notoire de retour à l'équilibre du conseil départemental engagé sur trois ans. D'où les quelques travaux réalisés pendant les vacances. D'autres sont envisagés, couplés à l'assurance d'un échange régulier avec les parents, en attendant des jours meilleurs. « On se battra pour que le programme soit adopté », assure Mathilde Dastes. Autant de réflexions qui vont sans doute dans le bon sens, mais les parents d'élèves redoutent de voir la pression redescendre. « Il y a déjà eu des petites choses, il ne faut pas lâcher, il faut aller au bout », dit tout haut Aurélie Poulain, représentante de parents d'élèves, s'interrogeant sur l'enveloppe des travaux abandonnés : « 300 000 euros, c'est le prix d'une maison. À mon avis, on peut faire quelque chose de digne avec moins… »