Le projet de loi du gouvernement visant à encadrer l'ouverture des boulangeries et fleuristes le 1er mai suscite l'incompréhension à Mende. Alors que la réforme doit sécuriser le cadre juridique pour 2027, les commerçants locaux déplorent une confusion qui nuit à leur activité.
Un projet de loi pour clarifier les règles
Actuellement, les boulangers et fleuristes peuvent ouvrir le 1er mai 2026 avec des salariés volontaires, sous réserve d'une majoration de salaire. L'inspection du travail se montre tolérante cette année. Mais à partir de 2027, le gouvernement souhaite inscrire cette possibilité dans le Code du travail pour éviter les ambiguïtés. Jusqu'à présent, seuls les secteurs indispensables (hôtels, hôpitaux, transports) étaient autorisés à fonctionner normalement ce jour férié.
La « doctrine Aubry » en question
À Mende, les commerçants se référaient jusqu'ici à la « doctrine Aubry », une interprétation officieuse de Martine Aubry, ancienne ministre du Travail. Selon cette doctrine, une activité déjà autorisée à ouvrir le dimanche pouvait aussi faire travailler ses salariés le 1er mai. Sans fondement légal, cette position a pourtant servi de référence pendant des décennies. Les contrôles étant rares, les professionnels ne se posaient pas de questions.
Depuis 2025, l'inspection du travail a intensifié ses contrôles, poussant le gouvernement à légiférer. Mais cette réforme crée la confusion chez les commerçants mendois. Julien Torralba-Laugier, patron de la boulangerie d'Angiran, s'étonne : « Je ne comprends pas d'où est née cette polémique. On a toujours fait comme ça, les salariés suivaient et ça se passait très bien. »
Les fleuristes aussi impactés
Céline Da Costa, fleuriste du centre-ville de Mende, partage ce sentiment. « Ça fait 27 ans que je fais ce métier et j'ai toujours travaillé le 1er mai, même quand j'étais salariée. » Cette année, son magasin sera ouvert, car le 1er mai représente une grosse journée pour son chiffre d'affaires. « Si les gens veulent travailler, pourquoi les empêcherait-on ? » interroge-t-elle.
Mais elle regrette que certains boulangers aient décidé de fermer après les annonces gouvernementales. « J'ai perdu des clients, parce que les gens ne prennent pas la peine de descendre en ville juste pour le muguet. Sans le pain, ils ne viennent pas. »
Un boulanger parti en vacances
Julien Torralba-Laugier confie avoir finalement choisi de fermer lui aussi. « En 2025, ils nous ont embêtés parce que nous étions ouverts. Je me suis rendu compte que je travaillais tous les jours, que je n'avais pas de vacances. Alors finalement, pourquoi ne pas prendre ce jour-là ? Je suis parti à la mer moi aussi. » Pour lui, le 1er mai est « un jour comme un autre », surtout quand il précède un week-end. « Franchement, on aurait travaillé pour rien. Par contre, j'aimerais bien que tout le monde ferme, et que personne n'ait plus rien à disposition le 1er mai. Là, je pense que ça ferait bouger les choses. »
La réforme, censée clarifier la situation, semble donc avoir produit l'effet inverse à Mende, où commerçants et salariés s'interrogent sur l'avenir de cette tradition.



