Grève des surveillants pénitentiaires : « Nous sommes à bout de souffle » dans le Var
Grève des surveillants pénitentiaires dans le Var

Un mouvement de grève national suivi dans le Var

Ce lundi, les surveillants pénitentiaires de plusieurs établissements français ont bloqué l'accès aux prisons pour protester contre leurs conditions de travail. Dans le Var, les agents des centres pénitentiaires de Toulon-La Farlède et de Draguignan ont répondu à l'appel du syndicat Ufap-Unsa, rejoint par la CGT-Pénitentiaire et la SPS-CEA. Dès six heures du matin, ils se sont mobilisés devant les deux établissements pour réclamer des mesures d'urgence.

Des conditions de travail dégradées

Les surveillants dénoncent un manque d'effectifs, une montée des violences et une surpopulation carcérale croissante. Julien, secrétaire local CGT à Draguignan, décrit une situation « de plus en plus tendue ». « C'est plus violent qu'avant. On a des jeunes issus de réseaux de stupéfiants qui ne redoutent plus rien. Ni nous, ni la police. La prison ne leur fait plus peur. » Les tensions dégénèrent régulièrement, entraînant des blessures fréquentes parmi le personnel. « Nous sommes à bout de souffle », confie-t-il.

Des effectifs insuffisants

Les agents réclament avant tout des renforts. À Draguignan, 170 surveillants sont en poste pour un effectif théorique de 210. Les départs à la retraite ne sont pas remplacés, et les nouveaux agents sont orientés vers d'autres établissements prioritaires comme Les Baumettes à Marseille ou Luynes à Aix-en-Provence. « Nous avons besoin de personnel pour faire des fouilles plus systématiques. Lors d'inspections sectorielles, on retrouve facilement une dizaine de téléphones. Imaginez ce qu'on trouverait si on avait les moyens de fouiller toute la prison », explique Julien.

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Une surpopulation carcérale alarmante

La France compte environ 90 000 détenus pour seulement 63 000 places. À Draguignan, l'établissement héberge 675 détenus pour 500 places. Cette pression rend inapplicables les normes européennes comme l'encellulement individuel. « Il y a des matelas au sol, des cellules surchargées avec parfois quatre détenus. On se retrouve seuls face à eux. Selon les profils, notre sécurité n'est pas assurée », déplore un gardien.

Un sentiment d'impuissance

Magali, secrétaire locale CGT et surveillante à Toulon-La Farlède, où environ 1 000 détenus sont encadrés par 190 surveillants, témoigne : « Il y a à peu près une quarantaine de matelas au sol, ils sont trois par cellule. Parfois, un seul surveillant pour 100 détenus. Il faut arrêter d'être polyvalents, de vouloir être partout et nulle part. On ne peut pas faire notre métier correctement. » Elle ajoute se sentir parfois « inutile » : « Quand un détenu me demande un renseignement, je n'ai pas le temps de m'en occuper et je délaisse le côté psychologie et réinsertion. Car il consiste aussi à ça notre métier ! »

Le point de vue des détenus

Arnaud, incarcéré à La Farlède depuis près d'un an, décrit des conditions dégradantes. Placé au quartier d'isolement (QI) pendant plus de neuf mois en raison de son statut de détenu particulièrement signalé (DPS), il affirme : « C'est la prison dans la prison. On ne peut pas travailler, ni participer aux ateliers, on ne croise personne, c'est tout juste si on voit le soleil 30 minutes dans la journée. Quand on cherche à mettre son temps à profit mais qu'on subit la mauvaise gestion de la prison alors qu'on se comporte bien, ça met vraiment à bout. Et c'est dur de rester positif quand on est traité comme un chien. Forcément, beaucoup n'arrivent pas à garder leur calme. »

Ce mouvement de grève reflète une détresse profonde chez les surveillants pénitentiaires, qui appellent à des mesures urgentes pour améliorer leurs conditions de travail et garantir leur sécurité.

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