Dire à un proche ce que l'on pense vraiment de son partenaire amoureux est un exercice périlleux. Selon une étude de l'Université de Waterloo publiée en 2022, 67 % des personnes interrogées ont déjà caché leur opinion négative sur le conjoint d'un ami ou d'un membre de leur famille, par peur de créer des tensions. Pourtant, taire ses réserves peut parfois être tout aussi dommageable.
Les risques de la franchise
Exprimer ouvertement son désaccord peut entraîner des conséquences imprévisibles. La psychologue clinicienne Sophie Péters, interrogée par Le Monde, explique : « Dire du mal du partenaire de quelqu'un, c'est souvent s'attaquer à son choix de vie. La personne peut se sentir jugée, voire trahie. » Dans certains cas, cela peut même provoquer une rupture entre le proche et celui qui a parlé. Une enquête de l'IFOP réalisée en 2023 indique que 23 % des Français ont déjà cessé de fréquenter un ami après que celui-ci a critiqué leur conjoint.
Les bienfaits d'une parole mesurée
À l'inverse, une communication bienveillante peut renforcer les liens. « Il ne s'agit pas de tout dire, mais de choisir ses mots et son moment », précise Sophie Péters. Par exemple, plutôt que de condamner le partenaire, on peut exprimer ses inquiétudes pour le bien-être de l'être cher. Une étude de l'Université de Californie a montré que les relations amicales où les critiques sont formulées avec empathie durent en moyenne 40 % plus longtemps que celles où les opinions sont tues ou exprimées brutalement.
Comment aborder le sujet ?
Les experts recommandent d'utiliser des phrases en « je » : « Je me sens inquiet quand je vois que... » plutôt que « Ton compagnon est... ». Il est aussi crucial de s'assurer que la personne est prête à entendre ce genre de retour. « Si elle est en pleine période de fusion amoureuse, mieux vaut attendre », conseille la psychologue. Par ailleurs, il faut accepter que l'autre ne partage pas notre avis et respecter son choix.
Quand se taire est préférable
Dans certains cas, le silence est d'or. Si le partenaire n'est pas toxique ou dangereux, et que les défauts sont mineurs, il est souvent plus sage de ne pas intervenir. « Chaque couple a ses propres dynamiques. Ce qui nous paraît insupportable peut être acceptable pour l'autre », rappelle Sophie Péters. Une enquête de l'INED (Institut national d'études démographiques) révèle que 54 % des couples ayant surmonté des critiques externes déclarent que ces dernières ont finalement renforcé leur relation, mais seulement si les critiques étaient formulées avec respect.
Conclusion
Le dilemme entre dire ou ne pas dire n'a pas de réponse universelle. Il dépend de la nature de la relation, de la gravité des réserves et de la capacité de l'autre à les entendre. L'essentiel est de privilégier l'écoute et l'empathie, tout en restant authentique. Comme le résume Sophie Péters : « Parfois, la meilleure façon d'aimer quelqu'un, c'est de lui dire la vérité avec douceur. »



