Canicule : ouvriers du BTP sans eau, le système D en action
Canicule : ouvriers du BTP sans eau, le système D

Face aux chaleurs caniculaires, les salariés du BTP sont en première ligne. Si certains employeurs ont adapté les postes de travail pour rendre les journées plus supportables, comme la loi les y oblige, la majorité des ouvriers dénonce une absence d’aménagements. Sous un soleil de plomb et des températures dépassant par endroits les 35 °C, les travailleurs du BTP continuent d’œuvrer sur les chantiers.

Des obligations légales souvent ignorées

Depuis le 1er juillet, le décret 2025-482 du 27 mai 2025 impose notamment l’accès à de l’eau fraîche, l’adaptation des horaires de travail et une évaluation du risque lié aux fortes chaleurs. Mais ces obligations ne sont pas toujours respectées. À Nîmes, sur un chantier, un ouvrier d’une trentaine d’années explique qu’aucun aménagement n’a été mis en place dans son entreprise. Il travaille sous cette forte chaleur de 8 h à 16 h, en tenue de sécurité. « Il fait très chaud mais on n’a pas le choix. En plus, j’ai la peau blanche, souligne-t-il, en sueur. Je n’ai même pas une bouteille d’eau pour me désaltérer. »

Des pratiques contrastées selon les chantiers

Son collègue représentant syndical, contacté par téléphone, tempère : « On a quand même un camion climatisé et un distributeur d’eau au dépôt. Le patron nous a aussi fourni une gourde, donc je pense que sur ce plan-là on n’a pas grand-chose à lui reprocher. » Au centre-ville, à quelques pas du restaurant étoilé Skab, deux ouvriers manient le marteau-piqueur en plein soleil. « La chaleur, il faut faire avec », glisse l’un d’eux. « On a l’habitude de travailler dehors, donc ça ne nous dérange pas. Quand on a trop chaud on s’arrête cinq minutes et on boit de l’eau », ajoute son collègue.

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Cent mètres plus loin, le décor change d’échelle. Une grue domine plusieurs engins en activité sur un chantier d’une autre ampleur, mené par le promoteur nîmois Gesimco. L’accès est interdit et, derrière les grilles, la dizaine de travailleurs présents se montrent peu loquaces. Les rares réponses obtenues laissent entendre qu’aucun aménagement spécifique n’aurait été instauré pour faire face aux fortes chaleurs. Contacté, le promoteur n’a pas répondu à nos sollicitations.

Quand les employeurs jouent le jeu

Néanmoins, d’un chantier à l’autre, les pratiques varient sensiblement. Aux abords de la mairie, une équipe d’Eau de Nîmes Métropole s’active avant la pause déjeuner. « Concernant les aménagements canicule, on n’a vraiment pas à se plaindre », confie Régis, le chef d’équipe. « Depuis la semaine dernière, nous sommes passés en horaires d’été et nous finissons à 14 h 30. Des gourdes ont été distribuées à tous les salariés et nous avons également des gilets rafraîchissants. » « Ils nous ont même offert des chaussettes favorisant la circulation du sang », ajoute Yann, le jeune intérimaire qui l’accompagne.

Ce niveau d’adaptation demeure cependant assez marginal. À Montpellier, sur un chantier de la cité créative mené par le promoteur M & A, plus d’une dizaine d’ouvriers étaient encore à l’œuvre en milieu d’après-midi. Certains travaillent en short, tee-shirt et casquette, la chaleur ayant visiblement eu raison de quelques mesures de sécurité. « Rien n’a changé pour faire face à la chaleur », confie l’un d’eux qui se dirige vers sa voiture, glacière à la main. Contacté, le promoteur rappelle que les entreprises intervenantes restent responsables de la santé et de la sécurité de leurs salariés, tout en assurant que des moyens sont prévus : base vie climatisée, bouteilles d’eau et réfrigérateur.

Le système D comme seul recours

Sur le terrain, la réalité semble plus contrastée. Faute d’aménagements spécifiques, les ouvriers s’en remettent souvent au système D pour tenter de limiter les effets de la chaleur. Car sur les chantiers, malgré le renforcement des obligations réglementaires, la protection des travailleurs dépend encore largement de la volonté de chaque employeur.

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