La dernière MJC de Nice célèbre six décennies dans un contexte de fragilisation sociale
La maison des jeunes et de la culture Agora Nice-Est, ultime représentante des MJC à Nice, fête cette année son soixantième anniversaire. Installée dans le quartier Bon-Voyage à Nice-Est, cette association présidée par Amel Hamdi demeure un pilier de l'éducation populaire au cœur des secteurs Bon-Voyage, Roquebillière, Pasteur et des Liserons.
Une histoire ancrée dans les quartiers depuis 1966
Alice Pereira, directrice depuis huit ans, retrace l'évolution de cette institution. « En 1966, la MJC Bon-Voyage est née. Elle est devenue en 1987 la MJC Agora Nice-Est », explique-t-elle. Initialement établie dans un petit local de la route de Turin, l'association partage désormais les locaux de l'AnimaNice Bon-Voyage à Pont Michel.
Les débuts furent marqués par des actions centrées sur la parentalité et l'accompagnement familial, avant le développement significatif des accueils de centre de loisirs, qui constituent toujours un axe majeur de son activité. Aujourd'hui, la structure se positionne comme un acteur essentiel en direction de l'enfance et de la jeunesse, touchant environ 3 000 personnes annuellement.
Des programmes innovants pour répondre aux besoins
La MJC a développé plusieurs programmes ambitieux. « D'abord, la démocratie participative », précise Alice Pereira, avec des projets autour des valeurs républicaines et un conseil d'administration junior. L'association, apolitique, encourage la participation citoyenne sans donner de consignes de vote.
Un laboratoire d'innovation a été créé pour générer de nouveaux projets, comme les « Itinéraires solidaires ». Des femmes ont ainsi financé leur voyage en Égypte pour rencontrer d'autres femmes de l'association Séchat, grâce à leur bénévolat. Un documentaire sur cette expérience a ensuite motivé des jeunes à partir au Sénégal, favorisant l'ouverture culturelle et l'identification en tant que jeunes Niçois.
L'ouverture culturelle comme priorité
La culture occupe une place centrale dans les actions de la MJC. En 2023, l'événement « Bazar Méditerranée » a rassemblé plus de 200 jeunes des MJC de la région PACA autour d'ateliers variés : vidéo, danse, chant, hip-hop, et spectacles. Ce projet bénéficie du soutien de la direction régionale des affaires culturelles.
Un partenariat avec le Théâtre national de Nice via le dispositif « Parcours de spectateurs » permet d'initier des publics peu familiers des pratiques culturelles institutionnelles.
Une paupérisation accentuée depuis la pandémie
Alice Pereira alerte sur la détérioration des conditions sociales. « La population s'est fragilisée. On a senti l'après-Covid. Il y a une paupérisation et des besoins de plus en plus importants d'accompagnement aux droits », constate-t-elle.
Les cours d'alphabétisation et d'informatique affichent complet, tandis que les ateliers collectifs comme le tricot connaissent une demande croissante. Ces espaces de rencontre et d'échange deviennent vitaux dans des quartiers où l'isolement social s'accentue, avec un nombre de bénéficiaires en constante augmentation.
Soixante ans célébrés mois par mois
Sous le slogan « 60 sans, c'est pas rien », la MJC organise une série d'événements tout au long de l'année pour marquer son anniversaire. Le programme a débuté le 20 février avec une exposition retraçant les vingt dernières années de l'association, présentant des archives photographiques historiques.
En collaboration avec l'artiste Stephan Ramirez, un travail mémoriel est en cours. Les manifestations incluent une journée d'animation en plein air en mars, un spectacle regroupant les activités artistiques en juin, une grande fête pour les enfants en juillet, et d'autres surprises jusqu'à la soirée de clôture prévue le 11 décembre.
Alors que les MJC, nées en 1944, sont souvent considérées comme une espèce en voie de disparition, l'Agora Nice-Est résiste et s'adapte, demeurant fidèle à sa vocation initiale dans un contexte socio-économique de plus en plus précaire.



