Une association d'insertion en pleine tourmente sociale
La Mission locale Technowest, structure associative œuvrant pour l'insertion des jeunes de 16 à 25 ans dans 16 communes de la métropole bordelaise et du Sud-Médoc, connaît depuis plus de quinze mois une crise interne profonde. Basée à Mérignac, cette organisation qui emploie une soixantaine de salariés, principalement des conseillers en insertion, vit dans un climat social qualifié de « délétère » par les observateurs.
Des tensions syndicales persistantes
Le 27 février dernier, l'union locale CGT de Mérignac organisait une action devant le siège de la Mission locale Technowest pour dénoncer ce qu'elle qualifie de « politique de discrimination syndicale » au sein de la structure. Stéphane Obé, secrétaire départemental de la CGT, pointait du doigt une « politique de répression antisyndicale » qui aurait conduit à une détérioration des conditions de travail des employés.
Au cœur des tensions se trouve un conflit prolongé entre les élus CGT du comité social et économique (CSE) et la gouvernance de la MLT, composée d'une codirection, d'un conseil d'administration et d'un bureau de dix membres où siègent des élus locaux et des représentants institutionnels.
Affaire de salariée protégée et licenciements controversés
L'origine de la crise remonte à la fin de l'année 2024, lorsque la direction a engagé une procédure disciplinaire contre une salariée de l'antenne de Blanquefort pour des faits présumés de harcèlement moral. Problème : cette salariée s'est révélée être candidate puis élue CGT au CSE en janvier 2025. Malgré son statut de salariée protégée, le bureau a validé sa mise à pied, prélude à un licenciement.
L'Inspection du travail a finalement annulé cette procédure, mais le bureau a décidé de faire appel devant le tribunal administratif. « Quand l'action a été lancée, nous ignorions son statut de candidate », explique Pierre Sauvey, président de la MLT. Les élus CGT Loïc Ajorque et Zulbiya Tas rétorquent : « Les accusations n'ont jamais été vérifiées, la méthode a été brutale. »
Un autre licenciement et des plaintes croisées
Un autre salarié de la même antenne a été licencié en mai 2025 après un « entretien de reprise » qui a mal tourné. La direction a porté plainte pour enregistrement illégal et diffamation après que le salarié a refusé d'effacer l'enregistrement de la conversation. Ce dernier a saisi les prud'hommes, tandis que la CGT dénonce un « entretien disciplinaire » déguisé.
En juillet 2025, la tension a encore monté d'un cran lorsque les deux codirectrices ont assigné les quatre élus du CSE au tribunal correctionnel pour diffamation. Puis, en février 2026, dans un rebondissement inattendu, ces mêmes directrices ont été licenciées par le bureau de la MLT.
Signalement au procureur et plainte collective
Thierry Trijoulet, maire PS de Mérignac, a effectué un signalement au procureur de la République en mars 2026, estimant que « certains faits » relevaient de la compétence de la justice. La Ville de Mérignac, qui finance la structure à hauteur de 280 000 euros annuels, a également lancé un audit sur cette organisation qui reçoit environ 4 millions d'euros de fonds publics chaque année.
En réponse, les élus du CSE et le salarié licencié ont déposé une plainte le 17 mars 2026 « contre la structure, son président, les ex-directrices, la responsable RH et le bureau ». Les motifs invoqués incluent l'entrave et la discrimination syndicale, le harcèlement moral, et des manquements à l'obligation de publication des comptes.
Un personnel divisé et las
Tous les acteurs décrivent un personnel divisé entre crainte et lassitude, ce dernier sentiment semblant être le plus partagé. « C'est un cauchemar qui dure depuis plus d'un an », déplore Pierre Sauvey, qui s'apprête à passer le relais mais tient à souligner les actions positives de la structure : « On accompagne plus de 4 000 jeunes par an. On a obtenu une labellisation nationale. »
Les ex-codirectrices, rencontrées en présence de leur avocate, nient fermement les accusations de gestion défaillante. « Toutes les actions que nous avons portées ont été validées par le bureau », assurent-elles. Leur avocate, Véronique Vouin, évoque « la nullité d'une procédure basée sur des faits inexacts ou erronés » et qualifie les événements de « manœuvre déconnectée du réel ».
Malgré les tensions, toutes les parties expriment le souhait commun de voir la situation s'apaiser « pour le bien du territoire et des jeunes » accompagnés par la Mission locale Technowest.



