Le parquet du canton du Valais a décidé de classer sans suite la plainte déposée contre le journal satirique français Charlie Hebdo et son dessinateur Éric Salch. Cette action en justice faisait suite à la publication d'une caricature jugée offensante, inspirée du tragique incendie survenu à Crans-Montana lors de la nuit du Nouvel An.
Une caricature qui a suscité l'indignation
Le dessin litigieux, publié le 9 janvier, jour de deuil national en Suisse, représentait deux skieurs le corps couvert de bandages et la peau noircie, dévalant une piste où figure le panneau indicateur « Crans-Montana ». Les mentions « Les brûlés font du ski » et « La comédie de l'année » accompagnaient l'image, en référence au film culte français Les Bronzés font du ski.
Pour Stéphane Riand, avocat suisse ayant déposé la plainte avec son épouse Béatrice, écrivaine, ce dessin constituait une « représentation de violence portant atteinte à la dignité humaine des victimes ». L'incendie du Constellation avait fait 41 morts et 115 blessés, principalement des adolescents et jeunes adultes.
La décision de la justice
Les magistrats valaisans ont estimé que la caricature, bien que pouvant « être qualifiée de choquante », ne remplissait pas les critères juridiques d'une représentation de la violence. Ils ont souligné son caractère « stylisé » et « pas réaliste », notant qu'elle ne montrait aucun acte de cruauté explicite ni figuration de la souffrance. De plus, ils ont jugé que le choc provoqué par cette publication n'atteignait pas une intensité suffisante pour être préjudiciable au psychisme des victimes ou des témoins.
Réaction de la défense
Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo, a salué cette décision en déclarant : « En Suisse, comme en France, et dans tout pays civilisé, un dessin ne peut être assimilé à une violence, et il faut cesser de prétendre le contraire. » Il a ajouté : « Un dessin peut choquer, être considéré comme étant de mauvais goût […] mais en tout état de cause, il faut arrêter de vouloir interdire, prohiber, censurer tout ce qui nous bouscule. Cela ne relève aucunement de la justice, mais de la conscience de chacun. »
Cette affaire relance le débat sur les limites de la liberté d'expression et le respect dû aux victimes de tragédies, dans un contexte où les caricatures de Charlie Hebdo ont souvent provoqué des controverses à l'international.



