L'ARS de Nouvelle-Aquitaine envisage des réquisitions de pédiatres et obstétriciens pour sauver les maternités
L'Agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine se prépare à réquisitionner des pédiatres et obstétriciens afin de venir en aide aux maternités confrontées à des difficultés majeures. Cette annonce a été très mal accueillie par les sociétés savantes, qui estiment que ce projet est « contre-productif » et pourrait aggraver la situation déjà précaire du système de santé en France.
Un système de santé sous tension
Le système de santé français continue de montrer des signes de faiblesse, avec des plans de sauvetage qui se succèdent pour tenter de colmater les brèches. Le dernier chantier de renflouage, proposé par la ministre Stéphanie Rist, concerne spécifiquement la périnatalité en berne. Dès son annonce, certains syndicats de soignants ont questionné la méthodologie, soulignant que « la méthode proposée confine à l'improvisation et n'est pas acceptable », selon le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF).
La réaction de l'ARS en Nouvelle-Aquitaine
Dans la foulée de l'annonce ministérielle, l'ARS de Nouvelle-Aquitaine a organisé en mars une réunion avec les professionnels régionaux de la périnatalité. Lors de cette rencontre, l'hypothèse de procéder à des réquisitions supraterritoriales de pédiatres et d'obstétriciens a émergé. Cette réorganisation obligerait les soignants déjà en poste à assurer des gardes supplémentaires dans les maternités en difficulté.
Un document consulté par Sud Ouest dresse un état des lieux régional alarmant :
- Les maternités de Saintes, Angoulême, Mont-de-Marsan et Agen-Nérac ont connu des risques majeurs de rupture de la permanence des soins obstétricaux et pédiatriques.
- Les maternités de Blaye, Lesparre et Sarlat ont subi des ruptures de permanence des soins, entraînant des fermetures temporaires.
Une opposition ferme des sociétés savantes
Les sociétés savantes de périnatalité se sont rassemblées pour publier un communiqué commun le 27 avril, dénonçant « un désastreux effet domino » qui pourrait précipiter le naufrage de l'offre de soins en périnatalité. Le professeur Patrick Rozemberg, président du CNGOF, critique vivement cette approche : « C'est la pire des réponses à une question essentielle. L'ARS déshabille Paul pour habiller Jacques, prenant des médecins dans les grandes structures pour les envoyer vers les petites. Les conséquences seront pires que si rien n'est fait. »
Le professeur Michel Dreyfus, ancien président de la Société française de médecine périnatale (SFMP), abonde dans ce sens : « Ce projet de l'ARS est contre-productif. On va demander aux médecins ou sages-femmes d'aller prendre d'autres gardes dans des conditions de travail encore plus difficiles, sachant qu'ils font déjà plus de cinquante heures par semaine. On aura de plus en plus de mal à recruter, il y aura des démissions et une dégradation des soins. »
Des alternatives proposées
Plutôt que les réquisitions, les sociétés savantes demandent le regroupement des structures et la création de centres de périnatalité de proximité. Elles s'appuient sur le livre-enquête « 4,1 : le scandale des accouchements en France », rappelant que le taux de mortalité infantile en France augmente depuis 2020 et place le pays en bas de l'échelle européenne.
Le professeur Rozemberg insiste : « Rien ne doit se faire sans concertation avec les soignants. Nous devons avoir une vision à long terme, même si elle génère des polémiques. » La question de la fermeture définitive des petites maternités assurant moins de 300 accouchements par an reste au cœur du débat, avec en toile de fond la problématique de la désertification médicale.
La direction de l'offre de soins de l'ARS, sollicitée pour commenter, n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet.



