Un constat alarmant sur la qualité des soins
La qualité des soins dans les hôpitaux français est préoccupante, selon un rapport récent de la Cour des comptes qui dresse un constat globalement critique du système. Quelque 13 millions de patients sont soignés chaque année dans 2 965 établissements, dont 1 330 hôpitaux publics, 978 privés et 657 privés non lucratifs. L’institution rappelle que la « non-qualité » représente un « enjeu majeur » et estime que la réparation des préjudices évitables, incluant les réhospitalisations après des soins ratés et les indemnisations, s’élèverait à plus de 11 milliards d’euros.
Davantage de personnes meurent en France d’une maladie nosocomiale que d’un accident de la route, alerte le rapport. Et ce chiffre de 4 000 décès par an ne reflète certainement qu’une partie de la réalité. Faute de transparence sur les déclarations des événements indésirables graves par les établissements, la juridiction préconise la mise en place d’un dispositif de sanction financière en cas de non-respect de cette obligation. Quant au montant des soins « inutiles ou à faible valeur », il est chiffré à 22 milliards d’euros.
Des avancées trop lentes
Les magistrats financiers pointent des avancées jugées « trop lentes », alors même que la sécurité des patients constitue un enjeu central. Les événements indésirables graves, tels que les infections, les erreurs médicales ou les complications, restent encore insuffisamment recensés et exploités, limitant les capacités d’amélioration du système. L’absence d’une stratégie nationale claire et durable en matière de qualité des soins est une autre faiblesse majeure. Le pilotage est jugé fragmenté, partagé entre de multiples acteurs sans coordination suffisante, ce qui freine la mise en œuvre de politiques efficaces à grande échelle.
Des difficultés structurelles persistantes
Sur le terrain, les difficultés structurelles aggravent la situation. Le manque de personnel soignant et les tensions sur les compétences compromettent la continuité et la sécurité des prises en charge, pouvant aller jusqu’à la fermeture de certains services. La Cour souligne également une organisation hospitalière devenue « peu soutenable », prise en étau entre l’impératif de proximité pour une population vieillissante et la complexité de la spécialisation des soins. De fortes inégalités territoriales persistent, avec une offre de soins inégalement répartie et parfois inadaptée aux besoins locaux.
Des outils d'évaluation sous-exploités
Si des outils d’évaluation existent, comme les indicateurs de qualité et les certifications, leur impact reste limité faute d’une exploitation systématique et d’un suivi rigoureux. Face à ces constats, la Cour des comptes appelle à un sursaut : mieux structurer le pilotage national, renforcer la déclaration et l’analyse des incidents, et réorganiser l’offre hospitalière à l’échelle des territoires. L’objectif affiché est clair : passer d’une amélioration fragmentée à une véritable vision globale de qualité et de sécurité des soins.



