Une nouvelle directrice pour un changement de cap
Depuis le 17 novembre dernier, Virginie Mouraret dirige l'hôpital psychiatrique Sainte-Marie à Nice, un établissement qu'elle connaît bien. Elle y insuffle une « nouvelle philosophie du soin », marquée par l'ouverture d'un bâtiment ultramoderne et une critique de la politique sécuritaire régionale.
Un bâtiment neuf pour un paradigme renouvelé
La première tranche de rénovation, comprenant six nouvelles unités, vient de s'achever. La deuxième est prévue pour début 2028. « Les conditions d'hébergement sont nettement améliorées, avec des chambres individuelles et un environnement plus apaisant », se réjouit la directrice. L'établissement mise sur des unités mixtes, mêlant patients en soins libres et sous contrainte. « La porte est ouverte. Le patient signe un contrat : s'il adhère aux soins, il peut circuler librement. » Les premiers résultats montrent une absence de hausse des fugues, grâce à un tri rigoureux à l'entrée : les profils à risque restent en unités fermées.
60 % de soins sous contrainte : une singularité niçoise
À Nice, 60 % des admissions se font sous contrainte, contre une majorité de soins libres au niveau national. Virginie Mouraret attribue cette situation à la « politique sécuritaire locale » et à la méconnaissance des maires des petites communes. Elle dénonce une gestion préfectorale lourde, notamment pour les placements d'office, qui « phagocyte » les lits au détriment de la psychiatrie générale.
Le pari des 12 heures pour recruter
Face à une pénurie ayant atteint 60 postes infirmiers vacants en 2024, l'hôpital a expérimenté des journées de 12 heures. « Les jeunes professionnels veulent davantage de jours libres », explique la directrice. Ce choix a porté ses fruits : les recrutements ont repris et les postes vacants ont diminué.
Des difficultés financières et structurelles
Si la santé financière de l'hôpital est correcte, Virginie Mouraret s'inquiète de la perte du secteur de Cagnes et Saint-Laurent au profit d'Antibes, sans réelle concertation. Elle regrette que Sainte-Marie soit « sollicité surtout pour accueillir des patients que personne ne veut prendre en charge », notamment des malades atteints de pathologies neurodégénératives. Autre point de crispation : le financement de la reconstruction, assuré sans aide de l'État. « Pour un établissement qui gère 60 % de la population maralpine, c'est difficile à accepter. » Elle appelle à rééquilibrer le traitement entre secteur public et établissements privés non lucratifs.
Le défi du logement et de la précarité
Avec un taux d'occupation de 93 %, la tension sur les lits reste élevée, en raison de la hausse des hospitalisations sous contrainte et des situations sociales complexes. « L'hôpital devient trop souvent un refuge contre la rue », déplore la directrice. Pour y remédier, Sainte-Marie participe au dispositif « Un chez soi d'abord », avec 100 logements dans le parc privé, mais cela reste insuffisant.



