Produits chimiques : l'UE freine ses propres objectifs de réduction
Produits chimiques : l'UE freine ses objectifs de réduction

L'Union européenne, pourtant à l'avant-garde de la réglementation des substances chimiques, semble aujourd'hui freiner ses propres ambitions. La feuille de route pour une « stratégie pour la durabilité dans le domaine des produits chimiques », présentée en 2020, visait à interdire progressivement les substances les plus nocives, notamment dans les produits de consommation courante. Mais les avancées sont timides, et les critiques fusent.

Des objectifs ambitieux, une mise en œuvre laborieuse

La stratégie, censée renforcer le règlement REACH (enregistrement, évaluation et autorisation des produits chimiques), prévoyait d'étendre le principe de « une substance, une évaluation » et de créer un système de gestion des risques plus efficace. Pourtant, plusieurs propositions législatives clés sont bloquées ou diluées. La révision de REACH, par exemple, est retardée en raison de pressions exercées par l'industrie chimique, qui craint des coûts supplémentaires et une perte de compétitivité.

Le cas des perturbateurs endocriniens

Les perturbateurs endocriniens, ces substances qui interfèrent avec le système hormonal, sont au cœur des préoccupations. L'UE avait promis une classification plus stricte, mais les critères proposés sont jugés trop laxistes par les ONG. « Nous assistons à une véritable guerre d'usure de la part des lobbies », dénonce une porte-parole de l'ONG ClientEarth. Résultat : des substances comme le bisphénol A ou certains phtalates continuent d'être utilisées dans des produits du quotidien.

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Des divergences entre États membres

Les États membres sont eux-mêmes divisés. Certains, comme la France et la Suède, plaident pour des mesures plus strictes, tandis que d'autres, à l'image de l'Allemagne et de l'Italie, redoutent un impact sur leur industrie chimique. Ces divergences paralysent les processus décisionnels au sein du Conseil de l'UE.

Un calendrier qui s'éloigne

Initialement, la Commission européenne espérait adopter l'essentiel des mesures d'ici 2024. Mais à ce jour, seules quelques avancées mineures ont été enregistrées, comme l'interdiction des microplastiques ajoutés intentionnellement. Les grandes réformes, notamment sur les pesticides ou les substances persistantes (PFAS), sont repoussées à 2026 ou 2027.

Les conséquences pour la santé et l'environnement

Ce retard a des conséquences concrètes. Selon l'Agence européenne pour l'environnement, l'exposition aux produits chimiques dangereux est responsable de milliers de cas de cancers, de troubles de la reproduction et de maladies neurologiques chaque année. Les coûts pour les systèmes de santé sont estimés à plusieurs dizaines de milliards d'euros.

La société civile s'organise

Face à cette inertie, des associations et des scientifiques multiplient les actions de sensibilisation. Une pétition européenne intitulée « Pour une Europe sans toxiques » a recueilli plus d'un million de signatures, poussant la Commission à réagir. Mais les annonces restent vagues.

Quelles perspectives ?

La nouvelle Commission, qui prendra ses fonctions en 2026, devra trancher. Certains experts appellent à une réforme en profondeur de REACH, avec davantage de moyens pour l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA). D'autres suggèrent de s'inspirer du modèle américain, qui a interdit plusieurs substances controversées. Mais l'équilibre entre protection de la santé et compétitivité industrielle reste difficile à trouver.

En attendant, les citoyens européens continuent d'être exposés à des cocktails de substances dont les effets à long terme sont mal connus. Le chemin vers une chimie durable semble encore long.

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