L'annonce était attendue depuis des mois par les personnels des deux établissements, en cessation de paiements depuis le 31 mars dernier. Ce jeudi 7 mai, la direction a justifié ces mesures par « un déficit d'exploitation estimé à - 2,7 millions d'euros en 2025, qui pourrait s'aggraver à - 5,2 millions d'euros en 2026 ».
Redressement judiciaire et mesures drastiques
C'est officiel : après l'annonce, le 31 mars dernier, du redressement judiciaire pour la Polyclinique Pau Pyrénées (qui regroupe Navarre et Marzet), la direction a confirmé ce jeudi 7 mai la fermeture de la maternité sur le site Navarre, et le licenciement de « 161 personnels maximum » (sur 542) par le biais d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) dont les contours sont à discuter avec les syndicats. Le 1er avril dernier, environ 150 personnes avaient observé un mouvement de grève et s'étaient mobilisées devant le site de Navarre pour réclamer des précisions sur ces mesures, qui faisaient l'objet de rumeurs depuis des mois.
Fermeture surprise de la clinique Marzet
La surprise est venue en revanche de l'annonce de la fermeture de la clinique Marzet. En effet, l'un des « grands axes du projet de restructuration » prévoit « l'arrêt des activités déficitaires que sont l'oncologie médicale en hospitalisation complète ainsi que les soins médicaux et de réadaptation (SMR) » sur le site de Marzet, boulevard Alsace-Lorraine. Les services d'hôpital de jour (douleur, médecine polyvalente, urologie) et l'activité de chimiothérapie, également sur ce site jusqu'alors, seront déménagés vers Navarre. Si bien que les portes de la clinique Marzet fermeront en juillet.
Réduction des urgences et des soins intensifs
Par ailleurs, le service des urgences « H24 » à la Navarre va devenir une simple « antenne d'urgence » fermée la nuit entre 20 heures et 8 heures, l'unité de soins intensifs polyvalents, réorganisée, va passer de 18 à 8 lits. Seule bonne nouvelle dans cette triste liste : le « recentrage sur la chirurgie, en croissance de 3,2 % ».
Un déficit chronique
Les salariés attendaient ces annonces depuis des semaines de la part des dirigeants du Groupe GBNA Santé, propriétaire des deux établissements depuis 2021. La direction avait annoncé un déficit important en novembre 2025 et des mesures difficiles au printemps. Dans son communiqué du jour, elle justifie ses lourdes décisions par « un déficit d'exploitation de 2,7 millions d'euros en 2025, qui pourrait s'aggraver à - 5,2 millions d'euros en 2026 sans réaction immédiate ». Pour rappel, ce sont 6 millions de pertes l'an dernier qui avaient été évoquées dans un premier temps.
Préfet et ARS critiques
Dans un courrier conjoint adressé aux dirigeants de GBNA Santé, le préfet des Pyrénées-Atlantiques Jean-Marie Girier et le directeur de l'Agence régionale de santé (ARS) Benoît Elleboode les interpellent de façon « solennelle et ferme » : « Les décisions stratégiques et opérationnelles prises par votre groupe engagent directement l'accès aux soins d'un bassin de population de près de 450 000 habitants et l'avenir professionnel de vos salariés », lancent-ils.
Ils critiquent : « Le niveau du passif, la dégradation continue de l'activité obstétricale, l'absence prolongée de médecins dans certaines spécialités critiques et le recours assumé au redressement judiciaire comme levier de restructuration traduisent des choix de gestion qui devront être assumés devant le tribunal et devant le territoire. » Dans ce contexte, ils entendent néanmoins réaffirmer « la mobilisation des services de l'État pour garantir la continuité de l'offre de soins ».
La direction mise sur la chirurgie
De son côté, la direction de la Polyclinique Pau Pyrénées tente d'expliquer les choix retenus dans le cadre du redressement judiciaire : « L'objectif est de construire, pendant la période d'observation, un plan de continuation réaliste permettant de préserver l'avenir de l'établissement, de sécuriser les parcours de soins et de maintenir à Pau une offre de santé complémentaire de l'offre publique. »
Pour cela, elle mise sur la chirurgie : « Cette activité, en croissance en 2025, constitue aujourd'hui le socle du redressement de l'établissement. Elle s'appuie sur un plateau technique reconnu, 20 salles de bloc opératoire, un robot chirurgical, ainsi que des expertises structurantes en neurochirurgie du rachis, urologie et assistance médicale à la procréation. »
Personnels sous le choc
Du côté des personnels, c'est le choc. Perrine Willigens est sage-femme à la maternité de la Navarre : « Je suis écœurée, réagit-elle aux annonces envoyées par communiqué aux personnels. Même si moi j'ai l'avantage d'avoir une porte de sortie car je suis aussi sage-femme libérale, ce n'est pas mon choix d'arrêter la salle de naissance et les accouchements. Je suis en larmes, confie-t-elle. Pour mon travail, mais aussi pour les patientes. »
Celle qui a fait partie des pionnières du collectif Notre Maternité, votre avenir mobilisé en faveur du service alerte : « Je pense aux femmes qui vont peut-être devoir accoucher loin de chez elle parce que l'hôpital sera saturé. Mes collègues là-bas vont se prendre une surcharge de travail énorme ! Et cela va avoir une incidence sur toutes les maternités alentour, Dax, Tarbes, etc. »
Même sentiment amer pour les représentants syndicaux : « Nous en sommes malheureusement arrivés à subir cette lourde décision !, déplorent-ils. Ni l'avis des salariés (premiers acteurs de nos établissements), ni celui du comité social et économique n'ont été recueillis sur le cœur des difficultés rencontrées par la Polyclinique et plus largement par le groupe GBNA. »
Réaction du maire de Pau
Le maire de Pau Jérôme Marbot enfin s'est dit pour sa part « choqué par la brutalité des annonces », et dénonce l'attentisme du groupe GBNA. Par ailleurs, le nouvel édile tacle à mots couverts son prédécesseur, François Bayrou : « Peut-être aussi que si les pouvoirs politiques avaient assumé de communiquer sur cette crise qu'ils connaissaient avant les élections municipales, cela aurait permis autre chose », cingle-t-il.
Détail des suppressions de postes
Sur les 161 suppressions de postes envisagées (dont une cinquantaine pour la seule maternité), les aides-soignants et auxiliaires de puériculture sont les premiers concernés (51), suivis des infirmiers (37). Puis viennent les agents d'entretien et brancardiers (18), les sages-femmes (17), les médecins (13), les employés administratifs (12) et les infirmiers de puériculture (7). Encadrement des services de soins (2), assistante sociale (1), diététicien (1), direction financière (1) et ergothérapeute (1) complètent la liste. Des aides au reclassement, un accompagnement, et une cellule d'écoute vont être mis en place.



